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Viral : le point de vue de Marc Bélit

Marc Bélit (essayiste, chroniqueur, fondateur du Parvis, Scène nationale) a lu le roman de Sergi Javaloyès, Viral. Voici sa note de lecture...

On entre dans ce roman comme on entre dans une chambre d’hôpital avec la même crainte ou la même forfanterie mêlée de peur qui atteint tous ceux qui ont vécu cette expérience. Sèrgi Javaloyès ne nous laisse pas le temps de souffler, il est 4h25 et nous y sommes déjà avec son personnage : Daniel.

À partir de là tout s’enchaîne selon la chronologie des jours qui nous montre l’inexorable progression de l’infection nosocomiale qui affecte son héros. 61 jours de calvaire dont on ne sait s’il sera suivi de guérison ou si c’est une marche au supplice à laquelle nous assistons.

Pas de « Dies Irae » cependant, mais une chronologie ordinaire des jours emplis de peurs, de moments de répit, de la douceur d’un regard, de la compassion d’une main posée sur un front, mais aussi, les sueurs froides, les poches de sérum, la pompe à morphine qui apaise les grands malades.

Un narrateur parle de Daniel, il dit : « il », il le regarde vivre, souffrir, endurer, il évoque des aspects de sa vie qui nous révèlent peu à peu ses rapports familiaux, l’arrachement à une famille qui nous rappellent le beau roman : « L’Heure de partir » où tout cela était évoqué déjà et qui nous revient comme un souvenir de lecture ancienne. On y voit aussi, les amis d’enfance, le frère, les hommes et surtout les femmes qui ont fait de la vie de cet homme « qui se plaint » ce qu’il est. J’avoue que si j’avais eu à titrer ce roman je l’aurais titré ainsi : « l’homme qui se plaint » tant il s’agit là, à la fois d’une expérience intime et d’un registre universel. Face aux héros positifs, virils, bandants, chanceux, faits pour la réussite, il y a les autres, les bâtards, les faibles, les pauvres les laissés pour compte de la vie, les humiliés et les offensés, les souffrants qui ont besoin de la compassion des autres pour survivre. Daniel est de ceux-là.

Dans l’intimité d’une chambre d’hôpital donc, au cœur d’une souffrance ordinaire en ces lieux, surgit un autre récit, celui qui devrait faire de cet homme un écrivain que, velléitaire et apitoyé sur lui-même, il a manqué d’être jusqu’ici, éternel pigiste d’un quotidien régional (dixit l’auteur).

Ce lamento nous retrace la chronique des amours du personnage qui parle alors à la première personne et nous raconte tout de ces amourettes d’enfance et de jeunesse, de ces femmes intrépides et ces pannes sexuelles qui arrivent au mauvais moment, mais aussi des personnages qui peuplent la chambre du malade et sont les mêmes que ceux de ce récit qui dévoile une histoire comme un ciel cotonneux posé sur le monde se déchire peu à peu et laisse passer les quelques rayons de soleil qui l’éclairent.

Magnifique est le regard que porte ce malade sur la fenêtre qui montre un ciel où des corneilles se disputent avec une buse sous la neige, où le dehors devient dedans par quelques notations atmosphériques judicieusement choisies.

Dirais-je néanmoins que je trouve que les deux registres du récit se nuisent parfois et s’affaiblissent par redites ou anecdotes, que j’aurais préféré (en tant que lecteur) que sur le socle de la première approche se développe une autre histoire plus délirante encore (en laissant tomber les personnages secondaires) et qu’elle porte le récit plus loin dans cette intrigue où s’imbriquent les rêves révolutionnaires et les vrais combats politiques qui conduisent en prison. Mais c’est une impression et après tout, c’est l’auteur qui choisit sa route tout seul.

Le ton maintenant en est celui de la sincérité, et l’émotion y est toujours à fleur de peau. On sent beaucoup d’authenticité dans ce propos dont on ne doute pas un instant qu’il est tout l’imprégné de choses vécues, mais cela se donne sous la forme d’une fiction qui tient le lecteur en haleine du début à la fin, laquelle se termine sur une lettre d’amour.

Voilà un roman très émouvant, un peu dur parfois, mais si tendre et qui appelle tant à la compassion.

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