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Le Triangle des Landes

Bernard MANCIET / Collection Entre Deux Lignes

[Bio / Biblio]
À l’aube du 3 juin 2005, Bernard Manciet “que se n’anava”. Quand il nous remit son manuscrit, il espérait encore ...
Le 2 juin 2005 disparaissait Bernard Manciet, pionnier de la renaissance poétique en langue occitane. Quelques jours auparavant, il corrigeait encore les épreuves du texte Le Triangle des Landes , écrit en 1980 et édité une première fois chez Arthaud en septembre 1981. Les Editions In- 8 sont donc fières de présenter cet automne la dernière édition de ce texte, deuxième élément du triptyque de Manciet dans la collection ethnographique, aux côtés de La Maison de la Lande (In-8, mars 2003) et Golfe de Gascogne (In-8, 2005). La collection comporte également d’autres ouvrages signés Patrick Guyon.
Ce livre devait être, pour Bernard Manciet, le « fondement » d’un autre regard porté par un Landais, enraciné dans sa terre, citoyen d’un monde que l’on croit trop souvent transformé par la post-modernité alors qu’il n’a changé que son masque fragile. Il s’agissait donc de laisser un livre pour les générations d’aujourd’hui et de demain, une source inépuisée de connaissances, celle d’un pays qui pourrait nous être étranger et qui, pourtant, est là, à quelques jets de pierre de notre impatience.
Le Triangle des Landes : des palombes et du gibier, des exploits dans les guerres comme dans les missions…. Le véritable rêve d’Aliénor d’Aquitaine ne fut autre que l’empire des mers, le contrôle des routes les plus fabuleuses de l’univers. Celui de St Vincent de Paul – né près de Dax - , l’empire spirituel qui ne se conquiert que par la charité. Mais il faut prendre garde aux riverains : les rêves des Albrets furent arrêtés par ceux de Jean sans Terre, ceux de Vincent de Paul se heurtèrent à Saint-Cyran, cet autre landais pour qui le flux vient toujours vers la terre, « les vagues reculant moins qu’elles n’avancent ». Avoir dans ce double affrontement, entre le continent et la mer, suscité d’aussi graves bousculades, là n’est pas la moindre poésie, sans doute, ni le moindre mérite de ce triste et vaste triangle de sable à marée basse.
Les Landes, pays de troubadours parcouru par tous les preux de l’histoire, « redécouvert » par Napoléon III mais toujours aussi rebelle à toute planification, ne pouvaient être chantées que par un grand poète : Bernard Manciet.

Un essai sur le "pays" de Manciet, version maritime et atlantique. Une véritable épopée, qui sert de prétexte à l'érudit pour déployer une vision du monde qui excède de loin les frontières d'un pays...
Isbn : 978-2-9519160-2-7
Prix : €30.00
Auteur : Bernard MANCIET
Genre : Essai & photos noir&blanc (beau livre)
24x22 cm / 256 pages
/ parution : Novembre 2005

Le triangle des landes, Sud Ouest dimanche, janvier 2006

Il arrive à certains livres ce qu’il en est des fleuves. Ils sont des forces souterraines dont on ne découvre la puissance que bien plus tard. (...) Il en était autrement en 1981, l’année où Arthaud publia ce chef d’œuvre d’érudition et d’ironie : 200 pages qui enterraient définitivement trois siècles d’idées reçues. (…) Ce qu’il révéla fut l’histoire enfouie à l’image de ces mégalithes que l’on trouve au hasard de la lande : la situation clé d’un territoire entre Atlantique et Méditerranée, la vieille patience d’un peuple qui avait donné les premiers aventuriers maritimes, la prédominance du bois et de la résine bien avant qu’on en fît une industrie, les routes entre ports de Sicile et de Londres, entre Afrique et pays de l’ambre, l’ancienneté du cabotage qui annonçait ce que l’on appelle aujourd’hui Arc atlantique. Pour lui, les Landes n’étaient ni plates ni désertiques. Les échasses, inventions d’autochtones, une légende. Les grandes forêts furent successivement détruites au XVIIIe siècle par le gel puis par le feu. Et surtout, disait-il, « ce pays sans horizon ne connaît pas de limites ». Les regards allaient au delà des mers et des plaines puisque rien ne venait les arrêter. Il faut relire ce Triangle des Landes nouvelle manière, augmenté de notes et revu encore l’hiver dernier par Bernard Manciet. On mesure aujourd’hui avec nostalgie les yeux qu’il dessilla.

Le Triangle des landes, Sud Ouest, janvier 2006

Voici le dernier livre auquel Bernard Manciet a travaillé. (...) Texte symphonique. Un tumulte de mort et d'amour. Ce livre invente un genre à lui seul : le poème historique. A lire à haute voix, à faire sonner dans la langue. Le Triangle des Landes est un chant. Un chant-fleuve. Qui révèle le chant profond de la lande. Son cante jondo. Le poète érudit berce, emporte, transporte au long cours de l'histoire. Il met son nez en toute connaissance, croyance, sorcellerie... (…) Il dit à qui veut l'entendre : regarde, regarde où tu vis, regarde sur quoi tu marches, écoute, écoute ce que disent les pins, quand leur voix monte avant la pluie, écoute les migrateurs, ils racontent la litanie des siècles. Si tout était là ? Si un tel texte ne visait qu'à nous faire accéder à un peu plus de conscience? Le Triangle des Landes est son chant général. Comme s'il craignait que la vague de béton et d'asphalte, la vague humaine qui déferle sur les Landes, ce désert devenu terre d'élection, n'emporte une certaine idée qu'il se faisait de l'homme d'ici. Une idée forte de ses hiers, qui empoigne l'avenir. C'est lui qui a fait entrer la poésie gasconne dans l'ère contemporaine. Nuit des abysses. Et le livre s'achève sur une série de « repères » où crépitent boutades et perfidies. On sourit. On ne sait plus ce que l'on sait. On croit avoir tout lu des Landes mais on ne se souvient de rien. On revient de si loin. Du fond des décombres d'un monde. On se sent rompu et heureux comme après un grand voyage. Vaguement inquiet, aussi à l'écoute de ce long prêche échevelé et fascinant, nul n'est jamais sûr d'être dans les pattes d'un bon génie ou dans les griffes d'une harpie qui n'abandonne à la fin qu'un ignorant exténué. (…)