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Stricto sangsues

Thomas LUGOS / Collection Noire

[Bio / Biblio]
Derrière Thomas Lugos se cache un auteur qui a choisi d'avancer masqué. C'est déjà sous ce pseudonyme qu'il signe en ...

Barcelone sous le soleil de septembre.
Une cité comme il y en a tant d'autres : son incontournable hypermarché, ses inévitables associations caritatives et ses milliers de laissés-pour-compte... Crasse, violence, trafics, mais il y a pire encore lorsque les vampires sont en costume trois pièces et que la grande distribution n'écrase pas que les prix...
Ici comme ailleurs, dans les zones de non-droit, la misère fournit le meilleur terreau qui soit pour les magouilleurs de tout poil.
Marti ne fait pas exception à la règle : combines, sexe, drogue... tout lui va jusqu'au jour où la mort d'un ami d'enfance donne un autre sens à son errance... Et c'est la vie qui dérape... car il y a ceux que le malheur anesthésie et les autres...
Du sang sur fond de grande distribution.


Les destins de deux hommes que tout oppose vont se croiser. Ensemble, ils vont mettre le doigt sur un trafic de sang… organisé par une enseigne de la grande distribution.
Isbn : 978-2-916159-58-4
Prix : €14.00
Auteur : Thomas LUGOS
Genre : Polar
16x24 cm / 176 pages
/ parution : Octobre 2008

Stricto sangsues, L'Humanité, janvier 2009

Une plongée en apnée dans les bas-fonds de la ville. On passe du Barcelone du lumpenprolétariat à celui des quartiers chics à bord d’un autobus quelconque. L’écriture de Thomas Lugos est nerveuse à souhait ; sa construction narrative fait mouche et parvient à se faire croiser les différents récits en des lieux improbables, surprenants...
"Vous êtes prié de passer à la caisse"
L’auteur connaît bien la grande distribution pour y avoir travaillé. Il situe son premier roman noir à Barcelone, ville de tous les possibles. Marti est un revenant. Tout juste sorti de prison, il retourne dans son quartier, une cité déglinguée aux abords de Barcelone, où abondent les trafics en tout genre, jamais petits, toujours plus gros et tordus. La Mina ne ressemble à rien d’autre qu’à une cité comme il en existe dans toutes les métropoles. Avec son lot de combines et d’habitants en détresse, ses boîtes aux lettres éventrées, ses cages d’escaliers abandonnées et squattées par des grappes de jeunes qui s’envolent comme des moineaux à la moindre alerte. Rien n’a changé, ou en pire, à l’exception du supermarché qui trône au milieu des bâtiments grisâtres, sorte d’îlot où chacun vient se réfugier, persuadé d’être ainsi relié au monde des vivants. J’achète à crédit, donc j’existe. Marti regarde l’étrange ballet de Caddies remplis de n’importe quoi, pourvu qu’ils soient pleins. Dans ce no man’s land plus proche de la jungle que de la ville, les vigiles taillés sur mesure sont les matons de ces nouveaux temples dédiés à la consommation. Après huit ans de trou, Marti ne peut constater que l’évidence : ici, tout va à vau-l’eau, mais aucune raison que ça aille mieux. À peine débarqué, il enterre son ami d’enfance, Rafael. Les circonstances de sa mort l’intriguent. Rafael s’est pendu, ce qui n’est pas dans ses habitudes. Victor Carrasco est commercial dans une boîte qui a connu des jours meilleurs. Il place dans les supermarchés ses produits dont plus personne ne veut. Mais il ne sait pas faire autre chose. Sa route va croiser celle de Marti. En quelques secondes, sa vie va basculer, pour toujours. Rien ne prédestinait nos deux bonshommes à devenir des héros. Mais voilà. Il est des circonstances où l’on ne choisit pas. Autour d’eux, placés sur orbite, tournoient des êtres dépouillés d’humanité, sans foi ni loi. Les êtres humains sont des marchandises et si les règles de l’exploitation perverties revêtent le vernis du commerce, elles sont restées les mêmes. Dans cette jungle où la vie ne tient qu’à un fil, il faudra bien retrouver un peu d’humanité pour arrêter l’inimaginable. En se ressourçant auprès des femmes qui, ici, font figure d’exception. Si Charro et Lola n’ont pas été épargnées par la rudesse de la vie, elles ont préservé ce peu de dignité qui fait tant défaut dans ce bas monde. Le roman de Thomas Lugos est une plongée en apnée dans les bas-fonds de la ville. On passe du Barcelone du lumpenprolétariat à celui des quartiers chics à bord d’un autobus quelconque. Tant pis pour les touristes, cette ville-là ne figure nulle part sur les guides. Et tous les ingrédients du roman noir sont là : rage, violence, machination, déshumanisation… Rien n’est laissé au hasard dans la construction narrative qui vous tient en haleine jusqu’au bout. Page après page, avec une incroyable concision et précision, se dessine le portrait d’une ville où les prédateurs portent des costards-cravates et n’ont de sentiments que pour leur portefeuille. Le cynisme est leur seule religion et rien ni personne ne semble pouvoir les arrêter. Point de manichéisme, les protagonistes se trimballent avec leur névrose, et c’est le récit qui les bouscule, les oblige à prendre un chemin qu’ils n’imaginaient pas. Montalban dépeignait un Barcelone interlope, même si dans ses derniers romans on devinait que les règles du jeu avaient changé, que la ville s’enfonçait dans des zones d’ombre chaque jour plus grandes. En quelque sorte, Lugos poursuit la quête de son illustre prédécesseur, tente de sauver ce qui peut encore l’être, sans illusion, sans cynisme. L’écriture de Thomas Lugos est nerveuse à souhait ; sa construction narrative fait mouche et parvient à se faire croiser les différents récits en des lieux improbables, surprenants. Les rebondissements ne sont pas là pour amuser la galerie : ils font évoluer la dramaturgie, imposent un rythme effréné à l’histoire jusqu’à ce que triomphe un peu de vérité. Sans illusion. Du sang sur fond de grande distribution. On espère la suite, de l’autre côté de l’océan. Jusqu’à ce que la vérité éclate au grand jour. Peut-être.

Marie-José Sirach