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Parures

Franz BARTELT / Collection polaroid

[Bio / Biblio]
Franz Bartelt habite les Ardennes. Il écrit toute la journée, depuis qu’il a quitté l’usine en 1985. Sa notoriété et ...

Une mère et son jeune garçon vivent en HLM dans une cité pouilleuse. Sans ressources mais obsédée par l’apparence et les vêtements, elle habille son fi ls avec sophistication, telle une star enfantine ou comme un acteur à sa disposition. Tout l’argent des allocations dispensé par la mairie est englouti dans des magasins de luxe. L’enfant est moqué par ses instituteurs et méprisé par les gamins du quartier. Jusqu’à ce qu’une assistante sociale impose le principe qui prévaut :
les pauvres doivent ressembler à des pauvres. Les allocations de secours sont supprimées, et la mère perd pied, au bout du rouleau. On lui a volé son rêve.


Au fond d’une cité crasseuse, une mère investit toutes les aides sociales qu’elle reçoit dans la garde-robe de son gamin, alors transformé en clown. Sans cesse menacés de folie, cernés par l’abîme de la misère d’un côté, par celui de l’apparence fantasque de l’autre, ils construisent ensemble un paradis artificiel.
Isbn : 978-2-916159-88-1
Prix : €12.00
Auteur : Franz BARTELT
Genre : Novella
13x21 cm / 72 pages
/ parution : 19 Aout 2010

Revue Secousse, novembre 2010

Il y a, dans les livres, nombreux, de Franz Bartelt, ce mélange d’absurde et de grotesque, de noirceur et d’humour, servi par une écriture au cordeau – et c’est sur ce registre-là que joue Parures, avec le privilège d’ouvrir la collection Polaroïd, que dirige Marc Villard aux Éditions Atelier in8, et l’ambition de publier des textes courts. Le noeud de ce récit ? La frénésie de l’achat compulsif, mais chez les pauvres, les extrêmes pauvres, une mère qui affuble le jeune narrateur d’habits extravagants, entendez une tenue de golf, ou de yachtman, quand dans le même temps les ordures tombent des fenêtres, pour le plaisir de voir le sac poubelle exploser au sol – on trouve dans ce conte les accents d’Ettore Scola, cette ligne de fracture qui rend légère la gravité grande. Le garçon, devenu adolescent, dit sa souffrance de la folie maternelle car la violence à l’école s’exerce toujours envers ce qui est différent, et quoi de plus dérangeant que de se parer des atours de la richesse, alors que l’électricité est coupée, et depuis belle lurette. L’obsession de la propreté et de la netteté prend ici des couleurs exotiques, c’est entrer en résistance, et on comprendra mieux l’infini respect que le fils a pour sa mère. Bien sûr les corps constitués, l’instituteur Bialine, seul personnage nommé, qui le déteste et le met à l’écart, mais aussi les services de la mairie, et l’assistante sociale, tous s’insurgent contre cette gabegie – ça ne serait rien, sauf que cette entorse au code non-écrit, qui veut que le désir de paraître soit réservé aux riches, aura comme conséquence l’arrêt des subsides municipaux versés en argent, et donc transformables à l’envi en vêtements de luxe, au profit de plus tristes bons alimentaires. Péché donc de transgression, car si les pauvres ne ressemblent plus à des pauvres, c’est à désespérer de tout. Désir d’aider ? Voire ! Bartelt avait déjà esquissé le sujet dans La Belle maison parue au Dilettante en 2008. Récit terrible, et touchant, de l’intimité entre une mère tendre, folle et autoritaire, et celui qu’elle livre sans état d’âme au regard des autres, telle une marionnette, ou un acteur de théâtre, mais pour le rendre à ses yeux plus beau, et jouir de quatre jours trimestriels à courir les magasins. Provocateur récit, à rebours d’une littérature où abondent d’ordinaire ces histoires, où celui qui est chichement vêtu subit le féroce regard des nantis. Dans son Petit Éloge de la vie de tous les jours, Franz Bartelt écrit que « pour ne pas être agressés, ils (les riches) s’habillent en pauvres ». Parures, au contraire, ce n’est pas Charbovari chez les bourgeois, c’est le beau Brummel en HLM, on y gagne en intensité. Son plaisir d’acheter réduit à rien, la mère vaincue sombre dans l’enfance après plus de dix ans d’un combat de survie, et ce huis clos dérangeant qui confine à la folie s’achèvera dans la tendresse du fils qui prend la relève d’un rituel, pour habiller à son tour sa mère, basculant dans un enfermement obsessionnel proche de l’embaumement – et plein d’amour.

Vincent Wackenheim

 

 

 

 

 

noircommepolar.com, juin 2010

Les Habits neufs de l'empereur

Un drôle de quartier. "Quinze hectares à l’est de la ville qui, par blocs successifs, séparés par des baraquements entassés les uns sur les autres, répandent toutes les espèces possibles de ruines", un dépotoir. Regroupant les refoulés, tout ceux qui ne comptent pas, "les sans valeur marchande, les insolvables, les étrangers, les vieux, les gros buveurs" qui vivent au plus facile. La mère et son fils au neuvième étage d’un bloc pourri habité par des "insupportables". Un existence méthodique et sévère. La mère, propre et coquette, ne fréquente personne. Enfermée dans ses rêves peuplés de princes et de princesses, rivée à ses manies, à ses habitudes, à ses principes, elle ne sort que pour toucher ses allocations au bureau de secours de la ville et les dépenser dans des magasins de vêtements chers pour le petit prince. Comblée par l’image de son garçon ajusté comme une gravure de mode, elle veut qu’il soit "net", toujours vêtu de neuf. Elle dépense en vêtements l’argent de la nourriture. Tout l’argent. Alors la faim, le froid, le mal de dents, la migraine et le gouffre. Pour le garçon la souffrances d’être trop bien habillé dans un quartier où il était naturel d’aller en loques, les quolibets, les brimades. L’isolement. Puis l’assistante sociale envoyée par l’école qui décrète ces parures indignes de leur pauvreté. "Il y a des gens comme ça, qui aiment l’uniforme et pour qui les pauvres doivent être aussi pauvrement vêtus que les riches le sont richement". La mise sous tutelle, la fin des singeries vestimentaires. La fin de tout.
Parures est le premier texte de la collection Polaroid aux éditions In8 qui "évoque ces photos vite cadrées, vite développées mais longtemps conservées", dirigée par Marc Villard. Textes courts, noirs et intenses, littérature d’urgence. La bonne nouvelle c’est que la novella forte et magnifique, étrange et perçante de Bartelt (Goncourt de la nouvelle tout de même !), laisse présager par ses 64 pages élégantes et ajustées, le meilleur pour cette collection qui s’annonce sur mesure (il faut dire que Villard maîtrise le genre!). La mauvaise nouvelle, c’est qu’il faudra attendre le 19 août pour pouvoir se la procurer.

Bibioblog.fr, août 2010

Rentrée littéraire 2010

Après avoir lu Je ne sais pas parler et Le jardin du bossu, je m'étais mise en quête d'un autre roman de Franz Bartelt, quand j'ai découvert que les éditions de l'Atelier In8 inauguraient leur nouvelle collection Polaroïd avec une nouvelle de cet auteur. Ayant une grande tendresse pour cette maison d'édition et leur choix de publication, c'est donc tout naturellement que je me suis plongée dans cette nouvelle parution. Comme à son habitude, Franz Bartelt jongle avec l'humour noir et le surréalisme.
Ce huis-clos entre la mère et l'enfant est saisissant de cruauté et de folie. Derrière le miroir de l'apparence, on sent également la prise de position de l'auteur, son refus de l'intolérance et de l'exclusion. J'ai apprécié cette friandise douce-amère : j'ai retrouvé l'humour grinçant de Franz Bartelt et son écriture ciselée. Pour cette nouvelle collection, dirigée par Marc Villard, les éditions de l'Atelier In8, ont soigné comme à leur habitude, la couverture et le visuel. L'objet en lui même est assez réussi. Malheureusement, et malgré toutes ces qualités, le prix de l'ouvrage (12 euros) reste un frein pour un texte si court.Le narrateur vit avec sa maman dans une HLM d'une banlieue-poubelle : un quartier où les habitants jettent les ordures par la fenêtre, où l'on assiste avec plaisir au spectacle d'un incendie, où tout le monde n'est habillé que de guenilles et se complaît dans la crasse. Pour tous, les fins de mois sont difficiles (comme les débuts de mois en fait), et les menus alimentaires souvent très légers. Mais pour le narrateur, c'est encore pire. En effet, sa mère, pour lutter contre cette pourriture ambiante, est devenue une obsédée de la propreté et de l'apparence. L'habit faisant le moine, elle dépense toute l'allocation de l'aide sociale pour vêtir son bambin des habits les plus chers et les plus élégants. Véritable gravure de mode, le garçon a bien dû mal à s'intégrer dans le quartier et à l'école, où son accoutrement passe pour une véritable provocation. De l'instituteur aux voisins, en passant par les camarades d'école, nul ne semble lui pardonner de renier ainsi son origine sociale. Après tout, un gueux est un gueux, et un gueux habillé comme un prince est un traître. Une dame de l'assistance, prévenue par le directeur de l'école, va remettre de l'ordre dans tout ça, malgré les hurlements de la maman qui ne peux plus jouer à la poupée.
Dans cette très courte nouvelle, Franz Bartelt s'en prend aux préjugés qui ont la vie dure et propose un retournement de situation. Si dans la réalité on a pu croiser des mères se ruinant pour que leurs enfants soient habillés comme les autres, c'est pour permettre à ces derniers de se fondre dans la masse. Ici, les valeurs sont inversées et la mère, en agissant ainsi, marginalise son enfant, le coupe totalement de son entourage. Dans cette citée miséreuse, le pauvre doit ressembler à un pauvre et gare à celui qui voudrait se prendre pour un autre. Pris entre la folie de sa mère et les moqueries de ses camarades, le narrateur semble subir son existence comme une marionnette. Mais puisqu'il s'agit d'une nouvelle, ne vous fiez pas trop aux apparences (justement) et la fin pourrait vous réserver quelques surprises.
Laurence

Lalettrine.com, août 2010

Il y a deux ans, était paru aux éditions Le Dilettante un petit livre caustique : La Belle Maison, histoire décalée d’un couple pauvre très heureux vivant en toute liberté dans la forêt, mais contrarié par la grande "générosité" du maire et des villageois. En cette rentrée, Franz Bartelt récidive avec une nouvelle extrêmement dérangeante mais tout aussi passionnante : Parures (aux éditions Atelier In8 dans la collection Polaroid).Le narrateur a 14 ans, il vit dans un HLM pourri d'une cité à l’abandon, auprès de sa mère, sans emploi, qui met un point d’honneur à habiller son fils comme "un prince". Mais, dans ce quartier où tout le monde a l’air pouilleux, il n’est pas de bon goût de vouloir jouer aux riches… Cet adolescent est en complet décalage avec ses camarades. Chemises à jabot, boutons de manchette et pantalon de flanelle, queue de pie, ongles vernis, tout cela ne cadre pas avec le paysage : « Il n’y a pas à s’étonner que les gens d’ici ne cherchent pas à s’extraire de leur saleté : ailleurs, sûrement qu’ils dépériraient. Ils ne veulent pas avoir à se gêner avec la propreté. Ils pissent donc sur les murs, ils crachent dans les escaliers, ils se débarrassent de leurs ordures par la fenêtre, au plus court, au plus pressé. Leurs immondices s’entassent le long des trottoirs. Un fameux mélange de boîtes vides, de chiffons, de papiers, d’ossements de volaille, d’excréments roulés dans du journal, d’épluchures d’où monte une odeur horrible – paraît-il, d’après les services d’hygiène de la ville qui déblaient les rues cinq ou six fois par an à l’aide d’engins mécaniques. Nous, on a la narine moins délicate. L’odeur du quartier ne nous dérange pas. Peut-être un peu en été. Du moins, pendant les étés très chauds. Rares dans la région, par chance. »Les gens du quartier comme l’instituteur  détestent ce couple étrange habillé de frusques grotesques et extravagantes. Les apparences sont essentielles pour cette mère aux petits soins pour son fils qu’elle lave, coiffe et pare elle-même. Cette mère exclusive, au bord de la folie, a quelque chose de la Folcoche de Vipère au poing ou de Nina, la grand-mère étouffante d'Enterrez-moi sous le carrelage (Pavel Sanaïev). Elle n’entend pas les plaintes de son fils, elle ne veut pas qu'ils vivent comme « des paysans », c’est-à-dire en gens « qui n’hésitaient pas à emprunter les chemins les plus fangeux, à manipuler des choses puantes, alors que la dignité humaine exige qu’on se salisse le moins possible et qu’on refuse les travaux dégradants ». Pour vivre dans son monde de princes et de princesses, la mère est prête à tous les sacrifices et accommoder son univers à ses prétentions, quitte à s’exclure complètement de la société et attirer l'attention des services sociaux. Mais la société elle est là pour lui rappeler qu’elle ne peut mener sa vie à sa fantaisie et que les règles doivent être respectées. L’individu doit se soumettre à sa condition. Quitte à perdre son identité.Parures est une nouvelle drôle et cruelle, qui ne peut laisser indifférent. C’est acide, ironique, sarcastique, tendre, émouvant, tragique. Encore une fois, Franz Bartelt a su m’emporter dans son univers complètement décalé. Je vous le recommande, évidemment !

Ouest France, novembre 2010

Romancier et auteur de théâtre, Franz Bartelt est surtout nouvelliste. Il a même décroché le Goncourt de la nouvelle 2006 pour Le bar des habitudes. Son apparition aux éditions In8 confirme la qualité d'une maison qui ose publier des nouvelles, à une époque où le roman est roi. Ces soixante-quatre pages suffisent pourtant à planter un décor et un fascinant couple mère-fils, égaré dans un quartier déshérité. Face à la misère, le petit affiche des tenues à faire pâlir de jalousie ses camarades. Il accentue aussi son isolement : la différence n'est jamais bien vue. Rude et incisif. Jean-Noël Levavasseur

La Plume ardennaise, novembre 2010

Dans la misère, qu'est-ce qui distingue une enfance d'une autre ? Telle pourrait être la question pour le narrateur lequel, après sa naissance, qu'il voit avec le recul pour lui et pour sa mère comme leur malheur à tous les deux, retient comme premier événement l'incendie de l'église, spectacle absolument grandiose et suivi par toute la communauté de cette cité pauvre en périphérie de la ville. Sa chance à lui, peut-être, c'est d'avoir une mère qui préfère avoir tort toute seule que raison avec tout le monde. Sa mère le croit en tout cas et dans ces h.l.m. où l'on est habitué à la crasse, elle se défend d'être comme " les paysans, ces animaux ou créatures qui vivent comme des animaux ". C'est pour cela qu'elle soigne l'image de son garçon, le lave, le récure, le parfume et le vêt comme un petit prince, dépensant pour lui presque tout l'argent alloué par les services sociaux. L'enfant est pourtant vite au déplaisir d'être trop bien habillé, la honte du quartier, la proie de ses camarades, des maîtres d'école, la risée de tous dans ce milieu où la pauvreté est de mise et sous-entend d'être mal attifé. Mais, qu'il est fier quand sa mère débarque dans la classe, altière, belle et bien vêtue, magistrale ! Cette singerie vestimentaire, révélatrice du rêve dans lequel elle se complaît et l'entraîne, n'est néanmoins pas non plus du goût de l'assistante sociale qui leur rend visite quand au-delà de sa culture de l'habit, la mère néglige ses obligations envers l'école, et bien plus encore… Cette novella d'une soixantaine de pages se lit d'une traite. Simplement, rapidement et sans temps mort on assiste à un drame singulier dans un lieu où la pauvreté finalement, ne semble pourtant plus en être un. C'est le paradoxe que propose Bartelt, dans un texte aux relents glauques où il oppose le rêve individuel à la réalité commune, le choix unique à l'attitude et la raison du plus grand nombre. La chute, que l'on taira pour préserver le plaisir du lecteur, est assez inattendue dans ce petit livre écrit sans niaiserie, ni gaieté inutile. Décalée, à contre-courant, cette satire, car c'en est une -et comme elles sont courantes chez l'auteur !- ne laisse pas indifférent, voire suscite quelques interrogations : celle de la réelle nécessité de cultiver les apparences, celle de l'éducation et de ses conséquences, celles du choix individuel et du rêve dans une société aux préjugés, règles et usages difficiles à bousculer, aux strates établies et (peut-être ?) inamovibles ? A consommer sans modération, à condition d'en prendre la bonne mesure !
Beatrice Deparpe.
Parures, Franz Bartelt, Ed. In Octavo, coll. Polaroïd 2010