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Le jour où je suis mort

Claude CHAMBARD / Collection porte à côté

[Bio / Biblio]
Écrivain, lecteur, typographe, éditeur, spectateur, collectionneur, chasseur, aficionado a los toros, père de famille, Claude Chambard se dit aussi « ...
Né de père inconnu, mort parce que l’amour ne peut être que fou, Sam est du jour qui hurle, de la nuit qui geint, du fusil qui aboie. Son nom est Samuel Hall. Jamais nul autre que lui ne s’allongera ainsi parmi les déchets et les fleurs, comme un tireur couché.

Comme un  indien chassé auquel on aurait dit que sa montagne était trop loin… Mort de père inconnu.

Livre aussi inclus dans le coffret Bashung - Des trains à travers la plaine.

 


Une bourgade des fins fonds des Etats-Unis. Samuel Hall, jeune homme un peu rustre vit avec sa mère alcoolique et son demi-frère. Entre son travail de mitron chez Paul et ses dimanches passés à braconner, Sam traîne sa mélancolie jusqu’aux larmes. Seules ses escapades au milieu des bois le calment. L’éclaircie arrivera un jour par autocar, lorsqu’une étrangère au village lui demandera de la venger d’une enfance brisée à tout jamais. Un véritable western contemporain.
Isbn : 978-2-36224-011-9
Prix : €4.00
Auteur : Claude CHAMBARD
Genre : nouvelle
11x17 cm / 32 pages
/ parution : 6 octobre 2011

Le Jour où je suis mort, lyvres.over-blog, décembre 2011

Quatre auteurs s'inspirent des textes d'Alain Bashung pour écrire des nouvelles. Ceux qui viennent me lire de temps en temps savent mon admiration pour cet artiste depuis son album intitulé Novice (de 1989), après le succès de Gaby. Je ne pouvais donc que lire ces textes parus chez l'Atelier In8 (que l'on peut avoir en coffret de 4 ou chacun séparément).
Le jour où je suis mort
, de Claude Chambard
, inspiré de La nuit je mens, de Samuel Hall et de Jamais d'autre que toi de Bashung est une nouvelle très inspirée des écrivains états-uniens Jim Thompson ou Steinbeck, par exemple. L'atmosphère est poussiéreuse, miséreuse, alcoolisée et religieuse. (...) L'écriture est formidable qui oscille entre phrases courtes, percutantes et d'autres beaucoup plus longues comme celle-ci : "Je rêve d'abricots & de ciboulette, de groseilles, de tisanes de serpolet, de jasmins jaunes, de tilleul, de chrysanthèmes & d'oranges sanguines qu'on m'écrase sur le visage, dont la pulpe épaisse m'étouffe, dont le jus rouge dégouline sur moi, m'ensanglante." (p.22)
Croiser les méduses
, Éric Pessan
qui sample Gaby, oh Gaby, La nuit je mens, Aucun express. Beaucoup plus onirique, une écriture que je peux qualifier de la même manière que pour la nouvelle précédente : formidable. (...) Beaucoup de poésie, de sensualité, de désir. Rien à dire de plus, à part peut-être, excellent.

Nage entre deux eaux
, de Jérôme Lafargue
qui parle de Bleu pétrole : "Je ne dirai pas que Bleu pétrole m'a sauvé, non, il faut être honnête, ce qui m'a sauvé, c'est le bruit de la dizaine de CD balancés à terre par Jed une nuit de septembre." (p.7) Un jeune homme de bonne famille raconte comment il cotoie et fait les 400 coups avec une bande de zonards. Nouvelle noire, rapide qui reprend les thèmes inhérents au genre et bien agréable à lire. (...)
Où vont les vaisseaux maudits ?,
de Marie Cosnay
qui déjà dans le titre reprend les paroles d'Angora. Très onirique, pas ancrée dans le réel, et donc assez différente des autres nouvelles. (...) Difficilement racontable, il faut se laisser porter par le rythme, l'écriture et l'histoire.
Ces quatres nouvelles inspirées par les chansons d'Alain Bashung sont à découvrir : chacun pourra y trouver son bonheur. L'oeuvre de Bashung suggère aux écrivains des textes sombres, noirs, mélancoliques. C'est vrai qu'on ne peut pas dire que le chanteur interprétait des bluettes légères. C'est une très belle idée d'avoir demandé à des auteurs d'écrire sur ce thème, en tant qu'amateur de l'artiste, j'ai eu énormément de plaisir à lire ces nouvelles. Une toute petite préférence pour les deux premières citées, mais les deux autres sont très bien également. Le conseil ? lisez les quatre !

Le Blog de Yv...
http://lyvres.over-blog.com/

Le Jour où je suis mort, Kwalire, novembre 2011

Alain Bashung, décédé en 2009 à l'âge de 62 ans, nous laisse une œuvre en héritage et en mémoire. Une œuvre inspiratrice d'autres auteurs, comme en cette rentrée littéraire 2001.

Citons pour commencer le dernier roman de Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit tiré d'Osez Joséphine que Café littéraire reprend dans son intégralité ci-après. Le roman de Delphine de Vigan a reçu les éloges d'une partie des critiques et est très bien classé dans les ventes de la rentrée.

Café Littéraire revient sur une petite entreprise plus discrète, moins médiatique : la sortie d'un collectif dédié au chanteur disparu sous le titre Des trains à travers la plaine, un titre extrait de la chanson La nuit je mens et édité par les éditions de l'Atelier In8.

Café littéraire s'est procuré le recueil qui se présente sous la forme de 4 nouvelles imprimées dans des livrets indépendants, eux-mêmes regroupés dans un livre coffret. Une petite chose délicate qui se découvre comme une boîte de pralines et se déguste comme une infusion aux oranges amères…

Les quatre romanciers se sont inspirés très librement d'une phrase, d'un refrain ou d'une chanson d'Alain Bashung.

Honneur aux dames avec Marie Cosnay, Où vont les vaisseaux maudits ? inspiré de Angora.
L'histoire d'un homme qui se perd dans la mémoire d'une bibliothèque et de ses souvenirs, ceux d'un frère disparu, son double, son jumeau.

Jérôme Lafargue, Nage entre deux eaux inspiré de Bleu pétrole.
L'histoire d'un jeune voyou mais de bonne famille devenu chef de bande pour rompre le cordon parental. Un jeune voyou qui prépare un casse qui tourne mal.

Eric Pessan, Croiser les méduses inspiré de Oh Gaby.
Une fillette devient jeune fille et les nouvelles sensations, ses transformations, sa métamorphose se déroulent sous le regard distrait d'une mère araignée, rapidement insatisfaite de ses amants.

Claude Chambard, Le jour où je suis mort inspiré de Samuel Hall, La nuit je mens et Jamais d'autre que toi.
Un jeune garçon, livré à lui-même, raconte les sept derniers jours de sa vie, une vie brutale sans mère, partiellement, ni père, totalement. Une descente aux enfers d'une violence terrible avec un final à la Clyde sans Bonnie.


Café Littéraire, une édition www.kwalire.com

 

Le Jour où je suis mort, L'Express, octobre 2011

Osez Bashung!

Un collectif dédié au chanteur Alain Bashung, celui qui a inspiré le titre du dernier roman de Delphine de Vigan.

Et si l'homme de la rentrée littéraire n'était autre qu'Alain Bashung? Non content d'inspirer son titre au dernier roman de Delphine de Vigan (Rien ne s'oppose à la nuit est tiré d'Osez Joséphine), le chanteur se trouve être l'objet d'une étrange petite entreprise. Les éditions de L'Atelier In8 ont en effet proposé à quatre écrivains de lui rendre hommage, à travers des courtes (et belles) nouvelles. On retiendra Croiser les méduses, d'Eric Pessan, qui a composé une intrigue à partir des "samples" littéraires de Gaby, oh Gaby, et une évocation très personnelle de l'album Bleu Pétrole, signée Jérôme Lafargue. A lire en écoutant le CD Fantaisie militaire...
Par Baptiste Liger (L'Express)

Le Jour où je suis mort, La Lettrine, octobre 2011

Comme certains le savent, avec les années, j’aime les livres objets. Les éditions Atelier in8 proposent régulièrement de beaux coffrets de nouvelles signées par des auteurs qui méritent toujours que l’on s’y attarde. Des trains à travers la plaine est le titre du dernier coffret paru. Je suis certaine que la chanson de Bashung vous revient aussitôt en mémoire. Et précisément, pour composer ce coffret, quatre auteurs – Marie Cosnay, Jérôme Lafargue, Claude Chambard et Eric Pessan – ont eu à écrire une nouvelle autour de l’univers d’Alain Bashung.
Signalons de suite que je suis très sensible à l’artiste, à ses textes, à sa voix comme à son univers. Sa poésie mélancolique, ses rêveries ambiguës et érotiques, ses vertiges thanatiques me touchent profondément. Il me semblait risqué de proposer un voyage dans l’univers de Bashung en quelques pages seulement. Pourtant, les quatre auteurs sont parvenus, chacun avec leur style et leur histoire, à nous transporter dans leur voyage.
Ces quatre nouvelles peuvent se lire distinctement mais je vous conseille de les lire les unes à la suite des autres, car, même si elles sont très différentes, elles se lisent comme on écouterait un album. Elles forment un tout. Il y est question, à chaque fois, de sujets graves, tragiques, malsains. Les personnages, perdus, sont en quête de liberté. En vain. Le réel les rattrape. Toujours. Pourtant, le plaisir de lire ces textes ciselés, poétiques, efficaces est bien plus fort que le sentiment d’angoisse que la lecture peut engendrer. Qui éprouve gaieté et bien-être après avoir écouté Bashung ? Pourtant, on a l’impression d’avoir exorcisé un sentiment de tristesse, de peur, d’angoisse. Ces chansons, comme ces textes noirs nous arrachent de notre condition humaine. On se reconnaît en ces personnages et pourtant on les tient à distance. Ils ne sont qu’êtres de papiers.
C’est sans retenue aucune que je vous conseille ce coffret exutoire !

Anne-Sophie Demonchy

Le Jour où je suis mort, annefrancoisekavauvea.blogspot, octobre 2011

Les éditions de l'Atelier in8 viennent de publier dans la collection "La porte à côté" un beau coffret placé sous le signe d'Alain Baschung, étoile disparue, dont l'album Fantaisie militaire (en particulier) a inspiré à quatre auteurs, poètes, romanciers, quatre nouvelles ciselées. Ces textes courts, denses, sont empreints d'une grande liberté malgré la contrainte de départ, et s'envolent dans des directions très différentes. De la musique naît la rêverie qui se dépose ici sur la papier en des mondes singuliers, chaque auteur recevant ce don et l'interprétant à son gré. S'ouvre ainsi une réflexion sur la création, sur ce qui la suscite, sur l'appropriation et l'herméneutique d'un univers personnel qui se décline en divers possibles.

J'ai choisi d'en retenir deux qui m'ont particulièrement touchée, ce qui n'enlève rien aux deux autres.

Claude Chambard, Le Jour où je suis mort

La première (celle qui ouvre d'ailleurs le coffret) initie un mortel voyage, celui de Samuel Hall, destruction en sept jours d'un jeune homme né d'un père inconnu, emporté par "un train à travers la plaine". La vie de Sam, fils abandonné et mal aimé par une mère incapable, s'inscrit dans un univers où la fraternité et la nature offrent un contrepoint à la violence du monde. Comme chez Cormac McCarthy, les adultes n'apportent aucune sécurité; ils ne sont ni aimants ni protecteurs, mais prisonniers de leurs démons, l'alcool, la cruauté. Aucun d'entre eux ne peut être un éducateur, hormis l'institutrice Mademoiselle Rose (fleur fragile et destinée à disparaître de leur univers).  Heureusement, Sam a un frère, Bill, qu'il aime, protège et venge tant est fort l'amour qui les lie - et pourtant, ils ont "la même mère, pas le même père, mais qu'importe." Leur refuge est la forêt où ils se sont créé une maison, une cabane (thème cher à Claude Chambard) où ils peuvent enfin redevenir des enfants. La forêt, les arbres, la nature sont un réconfort, un abri, loin du mal qui règne dans le coeur des hommes.
"Je vais chercher dans la forêt un calme qui permet à mes vertiges, aux effroyables pulsations de mon crâne, un léger repos. En entrant dans le bois, c'est comme si je pénétrais une lumière dorée, une lumière de miel, une lumière sans saisons, sans heures, une lumière pleine, fascinante & apaisante."
Plutôt que sauvage, la nature est douce, réconfortante; elle préserve l'innocence de Sam ; mais cette évocation est déjà, peut-être, une manifestation de la mort désirée, seule issue au malheur. Ce couloir lumineux qui s'ouvre absorbe le jeune homme. C'est aussi au sein de la forêt, dans une autre cabane, que Sam découvre l'amour d'une femme, celui qui "rend meilleur" mais qui le conduira à la mort. Ce locus amoenus abrite toutes les phases de cette courte existence, de l'enfance à la mort. Il réalise le destin de l'homme-enfant qui n'aspire finalement qu'à la douceur. Mais celle-ci débouche toujours sur la violence.
"Je rêve d'abricots & de ciboulette, de groseilles, de tisanes de serpolet, de jasmins jaunes, de tilleul, de chrysanthèmes & d'oranges sanguines qu'on m'écrase sur le visage, dont la pulpe épaisse m'étouffe, dont le jus rouge dégouline sur moi, m'ensanglante."
L'écriture poétique de Claude Chambard engendre un univers pur mais complexe, où la cruauté du monde contamine chaque moment de bonheur possible. Ce court récit, d'une extraordinaire densité, nous transporte dans un monde où s'abolit le temps, où toute une vie peut se jouer en sept journées...

Eric Pessan, Croiser les méduses

La nouvelle d'Eric Pessan fait naître un monde différent, à la fois étrange et familier, autour d'une petite fille, Wanda, dont l'existence se déploie entre les quatre éléments, la terre où s'encrent les pieds de sa balançoire, l'air dans lequel elle cherche à s'envoler, à s'oublier et à se trouver, le feu qui habite sa mère et l'eau, son élément. Cette chimie l'inscrit au monde, enfant-sirène qui fait l'amour à des murènes, dont le corps est offert en proie au regard des hommes, suscitant en eux un désir incongru et dangereux. Wanda perçoit ces signes mais ne parvient pas à les décrypter, vouée aux sensations, aux perceptions, toute livrée à l'expérience d'une innocente sensualité.
Cette boule qui naît en son ventre sur la balançoire, lorsque le regard des hommes la poursuit, elle la retrouve chaque soir, la cultivant, la faisant croître de son bras dans l'apprentissage du désir et du plaisir.
"La nuit, encore : quand je ne peux pas dormir, je nage, c'est une évidence, depuis que je suis liée à l'eau je nage tous les soirs. Après, je porte mes doigts à mon nez, ils ont une odeur un peu fade, douceâtre. Je les goûte, ils piquent un tout petit peu. La saveur du fond des océans. Ma saveur secrète de poisson. Il fait tellement chaud cet été, je ne peux m'endormir que de fatigue. Je m'accorde des haltes, je me fixe des objectifs. Trois, quatre, cinq fois la boule chaude au bout des doigts avant de trouver le sommeil. Une fois: six, j'avais des crampes au bras à force de nager."
L'enfant-sirène observe le spectacle du monde, elle en est même curieuse. Séparée des adultes, elle les regarde sans les comprendre, et pourtant, ce qu'elle retient d'eux est l'essentiel, la confusion, la danse du désir et du plaisir, les mortifications et la jouissance des corps, l'innocence et la perversité. Ce désir s'inscrit au coeur de son existence, source de la vie, combat contre la mort. Mais le corps inscrit l'être dans l'univers, c'est à travers lui que se crée le rapport aux autres, entre plaisir et danger.
Le texte d'Eric Pessan se développe en subtiles volutes épousant la mélodie de Baschung, établissant un lien étonnant entre l'homme et la petite fille :

J'ai fait la cour à des murènes
J'ai fait l'amour
J'ai fait le mort
T'étais pas née (Alain Baschung, La nuit je mens)

Une plongée dans la nuit protectrice et ensorcelante, sensuelle, qui marque le corps de l'empreinte du rêve.
Dans le coffret, restent à découvrir deux autre nouvelles particulièrement réussies : celle de Marie Cosnay, Où vont les vaisseaux maudits, d'une écriture belle et hallucinée, à l'origine d'un univers où la réflexion sur l'art et sur l'absence se mêle au cauchemar et à la folie; et celle de Jérôme Lafargue, Nage entre deux eaux, qui réinvente le lien filial en une histoire pleine de rebondissements.
Coffret Des Trains à travers la plaine, paru aux Editions de l'Atelier in8 en octobre 2011.
Merci aux éditions de l'Atelier in8 et en particulier à Josée Guellil.

annefrancoisekavauvea.blogspot.com

Le jour où je suis mort, Aqui.fr, octobre 2011

Dimanche 15 mars 2009, Salon du Livre de Paris, la journée commence en douceur... la radio diffuse une chanson de Bashung. Le public n'est pas encore là, seuls quelques professionnels arrivent dans la grande halle de la porte de Versailles, alors que les livres, ces milliers de livres posés sur les tables, attendent les futurs millions de visiteurs−lecteurs. Le grand Bashung, jongleur de mots, équilibriste sur images, vient de tirer sa révérence. Depuis la veille il n'est plus là, mais ce matin clair, sa voix emplit l'espace, caresse les pages blanches sur les tables, ces pages où d'autres ont encré leurs émotions, bouteilles à la mer vers d'illusoires compagnons d'outre-mots. « Soyez ma muse » écrivait, dans « osez Joséphine » ce prince de l'élégance− désespérance. Dans « Des trains à travers la plaine », quatre auteurs osent quatre voyages dans l'univers de Bashung, inspirés par ses volutes poétiques. Et qu' alors Alain soit la muse...

Le jour où je suis mort, Claude Chambard: "né de père inconnu, mort parce que l'amour ne peut être que fou, Sam est du jour qui hurle, de la nuit qui geint, du fusil qui aboie. Son nom est Samuel Hall. Jamais nul autre que lui ne s'allongera ainsi parmi les déchets et les fleurs, comme un tireur couché. Comme un indien chassé auquel on aurait dit que sa montagne était trop loin ... Mort de père inconnu." Ecriture et nouvelle magnifiques, mêlant, comme une ballade de Bashung, douceur et cruauté des choses. Du miel sur fond de toile emeri.

Croiser les méduses, Eric Pessan. Une jeune fille, être et femme en devenir, nage entre deux eaux. Ni tout à fait femme, ni plus vraiment fille, toute à la fois fille de sa mère -dont elle observe les mouvements langoureux face à son homme du moment- et objet d'un désir qui danse, incongru, dans le regard des mâles.  La nuit, elle nage... se laisse volontiers engloutir par les vagues des sensations, des envoûtements inconnus. La sensualité contre la rudesse d'une réalité, à l'image de la mère qui bouge sur « Gaby », incantations chaudes pour étouffer les cris des disputes dans des promesses de nuits de sortilège. La jeune fille apprend sa propre sensualité et, se cherchant elle-même, elle frôle parfois le danger.

Nage entre deux eaux, Jérôme Lafargue. Histoire d'un fils. En totale incompréhension face à son père, il choisit la cavale, claque la porte, direction le large et les mauvais coups. Un braquage qui tourne mal, un bain de sang, et l'histoire bascule. Là où on ne l'attend pas, le père resurgit et montre un visage que, même son fils, n'aurait pas su inventer. Le plus rebelle  n'est pas celui qu'on croit. Sous la surface lisse des fleuves se dissimulent parfois des remugles,  des troubles, et des abîmes secrets.

Où vont les vaisseaux maudits ? Marie Cosnay. Une histoire de frères cette fois-ci, aux confins de la folie, des hallucinations, des malédictions. Il est question de la révélation d'un tableau inconnu, de 8 centimètres sur 8, du grand Velasquez, représentant Louis XIV et sa jeune femme Marie-Thérèse au soir de leurs noces. Scène à la violente minutie, traduisant un moment de souffrance plus qu'une douce union. Le tableau révélé divise les frères, jusqu'alors inséparables, jusqu'à la disparition de l'un d'eux. Hanté alors par l'absence, celui qui reste se perd : images de nuits de fièvre, où les cauchemars semblent si réels, où les sens s'affolent. Le tableau apparaît, grandit, devient réel. Peut-être...  Identité raptée par la démence, les repères s'effondrent. Qui suis-je face à la cruauté d'une part de moi-même ? Et qui pourra encore me sauver...

L'esprit de Bashung s'est déposé un matin de mars entre les pages des livres encore endormis. Les quatre auteurs que réunissent ici les éditions In8 sont là pour en rendre témoignage.

Anne DUPREZ

http://www.aqui.fr/cultures/