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Les critiques

Le jour où je suis mort, Aqui.fr, octobre 2011

Dimanche 15 mars 2009, Salon du Livre de Paris, la journée commence en douceur... la radio diffuse une chanson de Bashung. Le public n'est pas encore là, seuls quelques professionnels arrivent dans la grande halle de la porte de Versailles, alors que les livres, ces milliers de livres posés sur les tables, attendent les futurs millions de visiteurs−lecteurs. Le grand Bashung, jongleur de mots, équilibriste sur images, vient de tirer sa révérence. Depuis la veille il n'est plus là, mais ce matin clair, sa voix emplit l'espace, caresse les pages blanches sur les tables, ces pages où d'autres ont encré leurs émotions, bouteilles à la mer vers d'illusoires compagnons d'outre-mots. « Soyez ma muse » écrivait, dans « osez Joséphine » ce prince de l'élégance− désespérance. Dans « Des trains à travers la plaine », quatre auteurs osent quatre voyages dans l'univers de Bashung, inspirés par ses volutes poétiques. Et qu' alors Alain soit la muse...

Le jour où je suis mort, Claude Chambard: "né de père inconnu, mort parce que l'amour ne peut être que fou, Sam est du jour qui hurle, de la nuit qui geint, du fusil qui aboie. Son nom est Samuel Hall. Jamais nul autre que lui ne s'allongera ainsi parmi les déchets et les fleurs, comme un tireur couché. Comme un indien chassé auquel on aurait dit que sa montagne était trop loin ... Mort de père inconnu." Ecriture et nouvelle magnifiques, mêlant, comme une ballade de Bashung, douceur et cruauté des choses. Du miel sur fond de toile emeri.

Croiser les méduses, Eric Pessan. Une jeune fille, être et femme en devenir, nage entre deux eaux. Ni tout à fait femme, ni plus vraiment fille, toute à la fois fille de sa mère -dont elle observe les mouvements langoureux face à son homme du moment- et objet d'un désir qui danse, incongru, dans le regard des mâles.  La nuit, elle nage... se laisse volontiers engloutir par les vagues des sensations, des envoûtements inconnus. La sensualité contre la rudesse d'une réalité, à l'image de la mère qui bouge sur « Gaby », incantations chaudes pour étouffer les cris des disputes dans des promesses de nuits de sortilège. La jeune fille apprend sa propre sensualité et, se cherchant elle-même, elle frôle parfois le danger.

Nage entre deux eaux, Jérôme Lafargue. Histoire d'un fils. En totale incompréhension face à son père, il choisit la cavale, claque la porte, direction le large et les mauvais coups. Un braquage qui tourne mal, un bain de sang, et l'histoire bascule. Là où on ne l'attend pas, le père resurgit et montre un visage que, même son fils, n'aurait pas su inventer. Le plus rebelle  n'est pas celui qu'on croit. Sous la surface lisse des fleuves se dissimulent parfois des remugles,  des troubles, et des abîmes secrets.

Où vont les vaisseaux maudits ? Marie Cosnay. Une histoire de frères cette fois-ci, aux confins de la folie, des hallucinations, des malédictions. Il est question de la révélation d'un tableau inconnu, de 8 centimètres sur 8, du grand Velasquez, représentant Louis XIV et sa jeune femme Marie-Thérèse au soir de leurs noces. Scène à la violente minutie, traduisant un moment de souffrance plus qu'une douce union. Le tableau révélé divise les frères, jusqu'alors inséparables, jusqu'à la disparition de l'un d'eux. Hanté alors par l'absence, celui qui reste se perd : images de nuits de fièvre, où les cauchemars semblent si réels, où les sens s'affolent. Le tableau apparaît, grandit, devient réel. Peut-être...  Identité raptée par la démence, les repères s'effondrent. Qui suis-je face à la cruauté d'une part de moi-même ? Et qui pourra encore me sauver...

L'esprit de Bashung s'est déposé un matin de mars entre les pages des livres encore endormis. Les quatre auteurs que réunissent ici les éditions In8 sont là pour en rendre témoignage.

Anne DUPREZ

http://www.aqui.fr/cultures/

 

Le Bar parfait, Aqui.fr, octobre 2011

La question du désir sera au coeur de cette troisième édition du salon du polar à Pau « un Aller-retour dans le noir ». Dans la touffeur de ce début d'Automne c'est le premier des désirs épicuriens : la soif, qui nous "tentale" ! Où trouver le bar parfait pour arroser nos amygdales ? Parmi les 22 auteurs de polar présents à Pau, du jeudi 29 septembre jusqu'à la fin du weekend, Bernard Pouy, auteur de plus de soixante dix romans noirs et d'une centaine de nouvelles, a attiré notre attention. Avec un jeu de monopoly crasseux sous le bras il est parti en quête du Bar parfait à Paris, de la rue Lecourbe à la rue de la Paix, en passant par la case prison, pour finir dans la rue en chantant. Une seconde réussite, après Parures, bouleversante oeuvre de Franz Bartelt, pour la nouvelle collection "Polaroid" de la maison d'édition béarnaise, In8.

Jean-Bernard Pouy est un habitué des émissions de Françoise Treussard sur France-culture « Des papous dans la tête ». Il sera au théâtre Saint-Louis, à Pau, avec ses fidèles acolytes Lucas Fournier, Hervé Le Tellier, Serge Joncour et Patrick Besnier, que l'on entrevoit à la fin de la nouvelle, dans ce qui pouvait être LE bar parfait, sous l'apparence d'un intello babacool qui pratique les homophonies approximatives de Raymond Roussel. On y était presque dans le bar parfait, place Pigalle, à l'heure du rouge, dans un « bar anodin (...), petite clientèle bigarrée, (...),comptoir en cuivre rutilant, barman à moustache, patron à moustache, et serveuse à moustache aussi », avec un canon de Beaujolais, une « purée septembrale » , comme disait Rabelais, à trinquer avec un type, à la voix douce qui tente désespérément de vous surprendre. Mais patatra ! Voilà que les gangsters, que l'on suit depuis le début ( sans jamais vraiment accrocher...), débarquent dans le rade ! Il fallait bien trouver une fin à cette quête infinie. Car il semble, au vu de cette étude empirique des zincs de Paname, cette « étude sans conclusion. Une thèse sans publication, avec une soutenance de tous les instants », que le bar parfait n'existe pas. À moins qu'un jour on trouve un troquet qui propose au comptoir des tranches de Comté et un verre de Savagnin du Jura, un vin jaune ou un Château-Chalon... Mais là c'est de l'utopie.

Les critères du bar parfait.
Lors de son enquête minutieuse JB Pouy envoie le professeur Nimbus dans les cordes. Pourquoi un ivrogne ne pourrait-il pas utiliser un protocole scientifique ? Alors il est parti d'une hypothèse (le bar parfait), et de critères (grosso modo : l'ambiance, le barman, le buveur d'à côté et la qualité de la bibine) qu'il confronte aux bars qu'il rencontre en suivant méticuleusement le sens du Monopoly, de la rue Lecourbe à la rue de la Paix.
Mais reprenons depuis le début : dans le bar parfait, d'abord, il y a le vin blanc, ensuite viendra l'heure du rouge, car : «  le vin est un liquide rouge sauf le matin où il est blanc ». JB Pouy cite Prévert, l'expert. Mais attention, pas du muscadet, sauvignon ou autre cubi qui envahissent les troquets : un blanc qui « hérisse la langue ». Ensuite, car « boire ça ne se résume pas à avaler du liquide », il y a le désir de boire, accompagné d'un barman serein, et de pouvoir écouter, la musique en sourdine, les trucs extraordinaires qui se racontent, sans que rien ne puisse distraire l'amateur « de toutes ces petites choses qui font qu'un bar peut concourir à la perfection. » Il y aussi « le parisien » qui doit être sur le comptoir entre les oeufs durs et les lamelles d'emmental, « même si c'est de la dentelle ». Un comptoir digne de ce nom devrait avoir honte de servir ces cacahouètes dégueulasse ou ces chips salés qui poussent à la consommation. « Dans un bar parfait, on ne te donne pas une pièce grisâtre pour pouvoir aller pisser (...), on ne doit jamais entendre le patron gueuler sur le serveur ou le Tamoul en cuisine.(...) Un bar n'est pas une entreprise, c'est un refuge. Hors du temps quotidien. On ne doit pas y percevoir le réel. Le réel, c'est fait pour être rêvé. »

Olivier Darrioumerle

http://www.aqui.fr/cultures/

Des trains à travers la plaine, annefrancoisekavauvea.blogspot, octobre 2011

Les éditions de l'Atelier in8 viennent de publier dans la collection "La porte à côté" un beau coffret placé sous le signe d'Alain Baschung, étoile disparue, dont l'album Fantaisie militaire (en particulier) a inspiré à quatre auteurs, poètes, romanciers, quatre nouvelles ciselées. Ces textes courts, denses, sont empreints d'une grande liberté malgré la contrainte de départ, et s'envolent dans des directions très différentes. De la musique naît la rêverie qui se dépose ici sur la papier en des mondes singuliers, chaque auteur recevant ce don et l'interprétant à son gré. S'ouvre ainsi une réflexion sur la création, sur ce qui la suscite, sur l'appropriation et l'herméneutique d'un univers personnel qui se décline en divers possibles.

J'ai choisi d'en retenir deux qui m'ont particulièrement touchée, ce qui n'enlève rien aux deux autres.

Claude Chambard, Le Jour où je suis mort

La première (celle qui ouvre d'ailleurs le coffret) initie un mortel voyage, celui de Samuel Hall, destruction en sept jours d'un jeune homme né d'un père inconnu, emporté par "un train à travers la plaine". La vie de Sam, fils abandonné et mal aimé par une mère incapable, s'inscrit dans un univers où la fraternité et la nature offrent un contrepoint à la violence du monde. Comme chez Cormac McCarthy, les adultes n'apportent aucune sécurité; ils ne sont ni aimants ni protecteurs, mais prisonniers de leurs démons, l'alcool, la cruauté. Aucun d'entre eux ne peut être un éducateur, hormis l'institutrice Mademoiselle Rose (fleur fragile et destinée à disparaître de leur univers).  Heureusement, Sam a un frère, Bill, qu'il aime, protège et venge tant est fort l'amour qui les lie - et pourtant, ils ont "la même mère, pas le même père, mais qu'importe." Leur refuge est la forêt où ils se sont créé une maison, une cabane (thème cher à Claude Chambard) où ils peuvent enfin redevenir des enfants. La forêt, les arbres, la nature sont un réconfort, un abri, loin du mal qui règne dans le coeur des hommes.
"Je vais chercher dans la forêt un calme qui permet à mes vertiges, aux effroyables pulsations de mon crâne, un léger repos. En entrant dans le bois, c'est comme si je pénétrais une lumière dorée, une lumière de miel, une lumière sans saisons, sans heures, une lumière pleine, fascinante & apaisante."
Plutôt que sauvage, la nature est douce, réconfortante; elle préserve l'innocence de Sam ; mais cette évocation est déjà, peut-être, une manifestation de la mort désirée, seule issue au malheur. Ce couloir lumineux qui s'ouvre absorbe le jeune homme. C'est aussi au sein de la forêt, dans une autre cabane, que Sam découvre l'amour d'une femme, celui qui "rend meilleur" mais qui le conduira à la mort. Ce locus amoenus abrite toutes les phases de cette courte existence, de l'enfance à la mort. Il réalise le destin de l'homme-enfant qui n'aspire finalement qu'à la douceur. Mais celle-ci débouche toujours sur la violence.
"Je rêve d'abricots & de ciboulette, de groseilles, de tisanes de serpolet, de jasmins jaunes, de tilleul, de chrysanthèmes & d'oranges sanguines qu'on m'écrase sur le visage, dont la pulpe épaisse m'étouffe, dont le jus rouge dégouline sur moi, m'ensanglante."
L'écriture poétique de Claude Chambard engendre un univers pur mais complexe, où la cruauté du monde contamine chaque moment de bonheur possible. Ce court récit, d'une extraordinaire densité, nous transporte dans un monde où s'abolit le temps, où toute une vie peut se jouer en sept journées...

Eric Pessan, Croiser les méduses

La nouvelle d'Eric Pessan fait naître un monde différent, à la fois étrange et familier, autour d'une petite fille, Wanda, dont l'existence se déploie entre les quatre éléments, la terre où s'encrent les pieds de sa balançoire, l'air dans lequel elle cherche à s'envoler, à s'oublier et à se trouver, le feu qui habite sa mère et l'eau, son élément. Cette chimie l'inscrit au monde, enfant-sirène qui fait l'amour à des murènes, dont le corps est offert en proie au regard des hommes, suscitant en eux un désir incongru et dangereux. Wanda perçoit ces signes mais ne parvient pas à les décrypter, vouée aux sensations, aux perceptions, toute livrée à l'expérience d'une innocente sensualité.
Cette boule qui naît en son ventre sur la balançoire, lorsque le regard des hommes la poursuit, elle la retrouve chaque soir, la cultivant, la faisant croître de son bras dans l'apprentissage du désir et du plaisir.
"La nuit, encore : quand je ne peux pas dormir, je nage, c'est une évidence, depuis que je suis liée à l'eau je nage tous les soirs. Après, je porte mes doigts à mon nez, ils ont une odeur un peu fade, douceâtre. Je les goûte, ils piquent un tout petit peu. La saveur du fond des océans. Ma saveur secrète de poisson. Il fait tellement chaud cet été, je ne peux m'endormir que de fatigue. Je m'accorde des haltes, je me fixe des objectifs. Trois, quatre, cinq fois la boule chaude au bout des doigts avant de trouver le sommeil. Une fois: six, j'avais des crampes au bras à force de nager."
L'enfant-sirène observe le spectacle du monde, elle en est même curieuse. Séparée des adultes, elle les regarde sans les comprendre, et pourtant, ce qu'elle retient d'eux est l'essentiel, la confusion, la danse du désir et du plaisir, les mortifications et la jouissance des corps, l'innocence et la perversité. Ce désir s'inscrit au coeur de son existence, source de la vie, combat contre la mort. Mais le corps inscrit l'être dans l'univers, c'est à travers lui que se crée le rapport aux autres, entre plaisir et danger.
Le texte d'Eric Pessan se développe en subtiles volutes épousant la mélodie de Baschung, établissant un lien étonnant entre l'homme et la petite fille :

J'ai fait la cour à des murènes
J'ai fait l'amour
J'ai fait le mort
T'étais pas née (Alain Baschung, La nuit je mens)

Une plongée dans la nuit protectrice et ensorcelante, sensuelle, qui marque le corps de l'empreinte du rêve.
Dans le coffret, restent à découvrir deux autre nouvelles particulièrement réussies : celle de Marie Cosnay, Où vont les vaisseaux maudits, d'une écriture belle et hallucinée, à l'origine d'un univers où la réflexion sur l'art et sur l'absence se mêle au cauchemar et à la folie; et celle de Jérôme Lafargue, Nage entre deux eaux, qui réinvente le lien filial en une histoire pleine de rebondissements.
Coffret Des Trains à travers la plaine, paru aux Editions de l'Atelier in8 en octobre 2011.
Merci aux éditions de l'Atelier in8 et en particulier à Josée Guellil.

annefrancoisekavauvea.blogspot.com

Où vont les vaisseaux maudits ?, annefrancoisekavauvea.blogspot, octobre 2011

Les éditions de l'Atelier in8 viennent de publier dans la collection "La porte à côté" un beau coffret placé sous le signe d'Alain Baschung, étoile disparue, dont l'album Fantaisie militaire (en particulier) a inspiré à quatre auteurs, poètes, romanciers, quatre nouvelles ciselées. Ces textes courts, denses, sont empreints d'une grande liberté malgré la contrainte de départ, et s'envolent dans des directions très différentes. De la musique naît la rêverie qui se dépose ici sur la papier en des mondes singuliers, chaque auteur recevant ce don et l'interprétant à son gré. S'ouvre ainsi une réflexion sur la création, sur ce qui la suscite, sur l'appropriation et l'herméneutique d'un univers personnel qui se décline en divers possibles.
(...)
Coffret Des Trains à travers la plaine, paru aux Editions de l'Atelier in8 en octobre 2011.
Merci aux éditions de l'Atelier in8 et en particulier à Josée Guellil.

annefrancoisekavauvea.blogspot.com

Nage entre deux eaux, annefrancoisekavauvea.blogspot, octobre 2011

Les éditions de l'Atelier in8 viennent de publier dans la collection "La porte à côté" un beau coffret placé sous le signe d'Alain Baschung, étoile disparue, dont l'album Fantaisie militaire (en particulier) a inspiré à quatre auteurs, poètes, romanciers, quatre nouvelles ciselées. Ces textes courts, denses, sont empreints d'une grande liberté malgré la contrainte de départ, et s'envolent dans des directions très différentes. De la musique naît la rêverie qui se dépose ici sur la papier en des mondes singuliers, chaque auteur recevant ce don et l'interprétant à son gré. S'ouvre ainsi une réflexion sur la création, sur ce qui la suscite, sur l'appropriation et l'herméneutique d'un univers personnel qui se décline en divers possibles.
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Coffret Des Trains à travers la plaine, paru aux Editions de l'Atelier in8 en octobre 2011.
Merci aux éditions de l'Atelier in8 et en particulier à Josée Guellil.

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Le Jour où je suis mort, annefrancoisekavauvea.blogspot, octobre 2011

Les éditions de l'Atelier in8 viennent de publier dans la collection "La porte à côté" un beau coffret placé sous le signe d'Alain Baschung, étoile disparue, dont l'album Fantaisie militaire (en particulier) a inspiré à quatre auteurs, poètes, romanciers, quatre nouvelles ciselées. Ces textes courts, denses, sont empreints d'une grande liberté malgré la contrainte de départ, et s'envolent dans des directions très différentes. De la musique naît la rêverie qui se dépose ici sur la papier en des mondes singuliers, chaque auteur recevant ce don et l'interprétant à son gré. S'ouvre ainsi une réflexion sur la création, sur ce qui la suscite, sur l'appropriation et l'herméneutique d'un univers personnel qui se décline en divers possibles.

J'ai choisi d'en retenir deux qui m'ont particulièrement touchée, ce qui n'enlève rien aux deux autres.

Claude Chambard, Le Jour où je suis mort

La première (celle qui ouvre d'ailleurs le coffret) initie un mortel voyage, celui de Samuel Hall, destruction en sept jours d'un jeune homme né d'un père inconnu, emporté par "un train à travers la plaine". La vie de Sam, fils abandonné et mal aimé par une mère incapable, s'inscrit dans un univers où la fraternité et la nature offrent un contrepoint à la violence du monde. Comme chez Cormac McCarthy, les adultes n'apportent aucune sécurité; ils ne sont ni aimants ni protecteurs, mais prisonniers de leurs démons, l'alcool, la cruauté. Aucun d'entre eux ne peut être un éducateur, hormis l'institutrice Mademoiselle Rose (fleur fragile et destinée à disparaître de leur univers).  Heureusement, Sam a un frère, Bill, qu'il aime, protège et venge tant est fort l'amour qui les lie - et pourtant, ils ont "la même mère, pas le même père, mais qu'importe." Leur refuge est la forêt où ils se sont créé une maison, une cabane (thème cher à Claude Chambard) où ils peuvent enfin redevenir des enfants. La forêt, les arbres, la nature sont un réconfort, un abri, loin du mal qui règne dans le coeur des hommes.
"Je vais chercher dans la forêt un calme qui permet à mes vertiges, aux effroyables pulsations de mon crâne, un léger repos. En entrant dans le bois, c'est comme si je pénétrais une lumière dorée, une lumière de miel, une lumière sans saisons, sans heures, une lumière pleine, fascinante & apaisante."
Plutôt que sauvage, la nature est douce, réconfortante; elle préserve l'innocence de Sam ; mais cette évocation est déjà, peut-être, une manifestation de la mort désirée, seule issue au malheur. Ce couloir lumineux qui s'ouvre absorbe le jeune homme. C'est aussi au sein de la forêt, dans une autre cabane, que Sam découvre l'amour d'une femme, celui qui "rend meilleur" mais qui le conduira à la mort. Ce locus amoenus abrite toutes les phases de cette courte existence, de l'enfance à la mort. Il réalise le destin de l'homme-enfant qui n'aspire finalement qu'à la douceur. Mais celle-ci débouche toujours sur la violence.
"Je rêve d'abricots & de ciboulette, de groseilles, de tisanes de serpolet, de jasmins jaunes, de tilleul, de chrysanthèmes & d'oranges sanguines qu'on m'écrase sur le visage, dont la pulpe épaisse m'étouffe, dont le jus rouge dégouline sur moi, m'ensanglante."
L'écriture poétique de Claude Chambard engendre un univers pur mais complexe, où la cruauté du monde contamine chaque moment de bonheur possible. Ce court récit, d'une extraordinaire densité, nous transporte dans un monde où s'abolit le temps, où toute une vie peut se jouer en sept journées...

Eric Pessan, Croiser les méduses

La nouvelle d'Eric Pessan fait naître un monde différent, à la fois étrange et familier, autour d'une petite fille, Wanda, dont l'existence se déploie entre les quatre éléments, la terre où s'encrent les pieds de sa balançoire, l'air dans lequel elle cherche à s'envoler, à s'oublier et à se trouver, le feu qui habite sa mère et l'eau, son élément. Cette chimie l'inscrit au monde, enfant-sirène qui fait l'amour à des murènes, dont le corps est offert en proie au regard des hommes, suscitant en eux un désir incongru et dangereux. Wanda perçoit ces signes mais ne parvient pas à les décrypter, vouée aux sensations, aux perceptions, toute livrée à l'expérience d'une innocente sensualité.
Cette boule qui naît en son ventre sur la balançoire, lorsque le regard des hommes la poursuit, elle la retrouve chaque soir, la cultivant, la faisant croître de son bras dans l'apprentissage du désir et du plaisir.
"La nuit, encore : quand je ne peux pas dormir, je nage, c'est une évidence, depuis que je suis liée à l'eau je nage tous les soirs. Après, je porte mes doigts à mon nez, ils ont une odeur un peu fade, douceâtre. Je les goûte, ils piquent un tout petit peu. La saveur du fond des océans. Ma saveur secrète de poisson. Il fait tellement chaud cet été, je ne peux m'endormir que de fatigue. Je m'accorde des haltes, je me fixe des objectifs. Trois, quatre, cinq fois la boule chaude au bout des doigts avant de trouver le sommeil. Une fois: six, j'avais des crampes au bras à force de nager."
L'enfant-sirène observe le spectacle du monde, elle en est même curieuse. Séparée des adultes, elle les regarde sans les comprendre, et pourtant, ce qu'elle retient d'eux est l'essentiel, la confusion, la danse du désir et du plaisir, les mortifications et la jouissance des corps, l'innocence et la perversité. Ce désir s'inscrit au coeur de son existence, source de la vie, combat contre la mort. Mais le corps inscrit l'être dans l'univers, c'est à travers lui que se crée le rapport aux autres, entre plaisir et danger.
Le texte d'Eric Pessan se développe en subtiles volutes épousant la mélodie de Baschung, établissant un lien étonnant entre l'homme et la petite fille :

J'ai fait la cour à des murènes
J'ai fait l'amour
J'ai fait le mort
T'étais pas née (Alain Baschung, La nuit je mens)

Une plongée dans la nuit protectrice et ensorcelante, sensuelle, qui marque le corps de l'empreinte du rêve.
Dans le coffret, restent à découvrir deux autre nouvelles particulièrement réussies : celle de Marie Cosnay, Où vont les vaisseaux maudits, d'une écriture belle et hallucinée, à l'origine d'un univers où la réflexion sur l'art et sur l'absence se mêle au cauchemar et à la folie; et celle de Jérôme Lafargue, Nage entre deux eaux, qui réinvente le lien filial en une histoire pleine de rebondissements.
Coffret Des Trains à travers la plaine, paru aux Editions de l'Atelier in8 en octobre 2011.
Merci aux éditions de l'Atelier in8 et en particulier à Josée Guellil.

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Croiser les méduses, annefrancoisekavauvea.blogspot, octobre 2011

Les éditions de l'Atelier in8 viennent de publier dans la collection "La porte à côté" un beau coffret placé sous le signe d'Alain Baschung, étoile disparue, dont l'album Fantaisie militaire (en particulier) a inspiré à quatre auteurs, poètes, romanciers, quatre nouvelles ciselées. Ces textes courts, denses, sont empreints d'une grande liberté malgré la contrainte de départ, et s'envolent dans des directions très différentes. De la musique naît la rêverie qui se dépose ici sur la papier en des mondes singuliers, chaque auteur recevant ce don et l'interprétant à son gré. S'ouvre ainsi une réflexion sur la création, sur ce qui la suscite, sur l'appropriation et l'herméneutique d'un univers personnel qui se décline en divers possibles.

J'ai choisi d'en retenir deux qui m'ont particulièrement touchée, ce qui n'enlève rien aux deux autres.

Claude Chambard, Le Jour où je suis mort

La première (celle qui ouvre d'ailleurs le coffret) initie un mortel voyage, celui de Samuel Hall, destruction en sept jours d'un jeune homme né d'un père inconnu, emporté par "un train à travers la plaine". La vie de Sam, fils abandonné et mal aimé par une mère incapable, s'inscrit dans un univers où la fraternité et la nature offrent un contrepoint à la violence du monde. Comme chez Cormac McCarthy, les adultes n'apportent aucune sécurité; ils ne sont ni aimants ni protecteurs, mais prisonniers de leurs démons, l'alcool, la cruauté. Aucun d'entre eux ne peut être un éducateur, hormis l'institutrice Mademoiselle Rose (fleur fragile et destinée à disparaître de leur univers).  Heureusement, Sam a un frère, Bill, qu'il aime, protège et venge tant est fort l'amour qui les lie - et pourtant, ils ont "la même mère, pas le même père, mais qu'importe." Leur refuge est la forêt où ils se sont créé une maison, une cabane (thème cher à Claude Chambard) où ils peuvent enfin redevenir des enfants. La forêt, les arbres, la nature sont un réconfort, un abri, loin du mal qui règne dans le coeur des hommes.
"Je vais chercher dans la forêt un calme qui permet à mes vertiges, aux effroyables pulsations de mon crâne, un léger repos. En entrant dans le bois, c'est comme si je pénétrais une lumière dorée, une lumière de miel, une lumière sans saisons, sans heures, une lumière pleine, fascinante & apaisante."
Plutôt que sauvage, la nature est douce, réconfortante; elle préserve l'innocence de Sam ; mais cette évocation est déjà, peut-être, une manifestation de la mort désirée, seule issue au malheur. Ce couloir lumineux qui s'ouvre absorbe le jeune homme. C'est aussi au sein de la forêt, dans une autre cabane, que Sam découvre l'amour d'une femme, celui qui "rend meilleur" mais qui le conduira à la mort. Ce locus amoenus abrite toutes les phases de cette courte existence, de l'enfance à la mort. Il réalise le destin de l'homme-enfant qui n'aspire finalement qu'à la douceur. Mais celle-ci débouche toujours sur la violence.
"Je rêve d'abricots & de ciboulette, de groseilles, de tisanes de serpolet, de jasmins jaunes, de tilleul, de chrysanthèmes & d'oranges sanguines qu'on m'écrase sur le visage, dont la pulpe épaisse m'étouffe, dont le jus rouge dégouline sur moi, m'ensanglante."
L'écriture poétique de Claude Chambard engendre un univers pur mais complexe, où la cruauté du monde contamine chaque moment de bonheur possible. Ce court récit, d'une extraordinaire densité, nous transporte dans un monde où s'abolit le temps, où toute une vie peut se jouer en sept journées...

Eric Pessan, Croiser les méduses

La nouvelle d'Eric Pessan fait naître un monde différent, à la fois étrange et familier, autour d'une petite fille, Wanda, dont l'existence se déploie entre les quatre éléments, la terre où s'encrent les pieds de sa balançoire, l'air dans lequel elle cherche à s'envoler, à s'oublier et à se trouver, le feu qui habite sa mère et l'eau, son élément. Cette chimie l'inscrit au monde, enfant-sirène qui fait l'amour à des murènes, dont le corps est offert en proie au regard des hommes, suscitant en eux un désir incongru et dangereux. Wanda perçoit ces signes mais ne parvient pas à les décrypter, vouée aux sensations, aux perceptions, toute livrée à l'expérience d'une innocente sensualité.
Cette boule qui naît en son ventre sur la balançoire, lorsque le regard des hommes la poursuit, elle la retrouve chaque soir, la cultivant, la faisant croître de son bras dans l'apprentissage du désir et du plaisir.
"La nuit, encore : quand je ne peux pas dormir, je nage, c'est une évidence, depuis que je suis liée à l'eau je nage tous les soirs. Après, je porte mes doigts à mon nez, ils ont une odeur un peu fade, douceâtre. Je les goûte, ils piquent un tout petit peu. La saveur du fond des océans. Ma saveur secrète de poisson. Il fait tellement chaud cet été, je ne peux m'endormir que de fatigue. Je m'accorde des haltes, je me fixe des objectifs. Trois, quatre, cinq fois la boule chaude au bout des doigts avant de trouver le sommeil. Une fois: six, j'avais des crampes au bras à force de nager."
L'enfant-sirène observe le spectacle du monde, elle en est même curieuse. Séparée des adultes, elle les regarde sans les comprendre, et pourtant, ce qu'elle retient d'eux est l'essentiel, la confusion, la danse du désir et du plaisir, les mortifications et la jouissance des corps, l'innocence et la perversité. Ce désir s'inscrit au coeur de son existence, source de la vie, combat contre la mort. Mais le corps inscrit l'être dans l'univers, c'est à travers lui que se crée le rapport aux autres, entre plaisir et danger.
Le texte d'Eric Pessan se développe en subtiles volutes épousant la mélodie de Baschung, établissant un lien étonnant entre l'homme et la petite fille :

J'ai fait la cour à des murènes
J'ai fait l'amour
J'ai fait le mort
T'étais pas née (Alain Baschung, La nuit je mens)

Une plongée dans la nuit protectrice et ensorcelante, sensuelle, qui marque le corps de l'empreinte du rêve.
Dans le coffret, restent à découvrir deux autre nouvelles particulièrement réussies : celle de Marie Cosnay, Où vont les vaisseaux maudits, d'une écriture belle et hallucinée, à l'origine d'un univers où la réflexion sur l'art et sur l'absence se mêle au cauchemar et à la folie; et celle de Jérôme Lafargue, Nage entre deux eaux, qui réinvente le lien filial en une histoire pleine de rebondissements.
Coffret Des Trains à travers la plaine, paru aux Editions de l'Atelier in8 en octobre 2011.
Merci aux éditions de l'Atelier in8 et en particulier à Josée Guellil.

annefrancoisekavauvea.blogspot.com

Des Trains à travers la plaine, La Lettrine, octobre 2011

Comme certains le savent, avec les années, j’aime les livres objets. Les éditions Atelier in8 proposent régulièrement de beaux coffrets de nouvelles signées par des auteurs qui méritent toujours que l’on s’y attarde. Des trains à travers la plaine est le titre du dernier coffret paru. Je suis certaine que la chanson de Bashung vous revient aussitôt en mémoire. Et précisément, pour composer ce coffret, quatre auteurs – Marie Cosnay, Jérôme Lafargue, Claude Chambard et Eric Pessan – ont eu à écrire une nouvelle autour de l’univers d’Alain Bashung.
Signalons de suite que je suis très sensible à l’artiste, à ses textes, à sa voix comme à son univers. Sa poésie mélancolique, ses rêveries ambiguës et érotiques, ses vertiges thanatiques me touchent profondément. Il me semblait risqué de proposer un voyage dans l’univers de Bashung en quelques pages seulement. Pourtant, les quatre auteurs sont parvenus, chacun avec leur style et leur histoire, à nous transporter dans leur voyage.
Ces quatre nouvelles peuvent se lire distinctement mais je vous conseille de les lire les unes à la suite des autres, car, même si elles sont très différentes, elles se lisent comme on écouterait un album. Elles forment un tout. Il y est question, à chaque fois, de sujets graves, tragiques, malsains. Les personnages, perdus, sont en quête de liberté. En vain. Le réel les rattrape. Toujours. Pourtant, le plaisir de lire ces textes ciselés, poétiques, efficaces est bien plus fort que le sentiment d’angoisse que la lecture peut engendrer. Qui éprouve gaieté et bien-être après avoir écouté Bashung ? Pourtant, on a l’impression d’avoir exorcisé un sentiment de tristesse, de peur, d’angoisse. Ces chansons, comme ces textes noirs nous arrachent de notre condition humaine. On se reconnaît en ces personnages et pourtant on les tient à distance. Ils ne sont qu’êtres de papiers.
C’est sans retenue aucune que je vous conseille ce coffret exutoire !

Anne-Sophie Demonchy

Nage entre deux eaux, La Lettrine, octobre 2011

Comme certains le savent, avec les années, j’aime les livres objets. Les éditions Atelier in8 proposent régulièrement de beaux coffrets de nouvelles signées par des auteurs qui méritent toujours que l’on s’y attarde. Des trains à travers la plaine est le titre du dernier coffret paru. Je suis certaine que la chanson de Bashung vous revient aussitôt en mémoire. Et précisément, pour composer ce coffret, quatre auteurs – Marie Cosnay, Jérôme Lafargue, Claude Chambard et Eric Pessan – ont eu à écrire une nouvelle autour de l’univers d’Alain Bashung.
Signalons de suite que je suis très sensible à l’artiste, à ses textes, à sa voix comme à son univers. Sa poésie mélancolique, ses rêveries ambiguës et érotiques, ses vertiges thanatiques me touchent profondément. Il me semblait risqué de proposer un voyage dans l’univers de Bashung en quelques pages seulement. Pourtant, les quatre auteurs sont parvenus, chacun avec leur style et leur histoire, à nous transporter dans leur voyage.
Ces quatre nouvelles peuvent se lire distinctement mais je vous conseille de les lire les unes à la suite des autres, car, même si elles sont très différentes, elles se lisent comme on écouterait un album. Elles forment un tout. Il y est question, à chaque fois, de sujets graves, tragiques, malsains. Les personnages, perdus, sont en quête de liberté. En vain. Le réel les rattrape. Toujours. Pourtant, le plaisir de lire ces textes ciselés, poétiques, efficaces est bien plus fort que le sentiment d’angoisse que la lecture peut engendrer. Qui éprouve gaieté et bien-être après avoir écouté Bashung ? Pourtant, on a l’impression d’avoir exorcisé un sentiment de tristesse, de peur, d’angoisse. Ces chansons, comme ces textes noirs nous arrachent de notre condition humaine. On se reconnaît en ces personnages et pourtant on les tient à distance. Ils ne sont qu’êtres de papiers.
C’est sans retenue aucune que je vous conseille ce coffret exutoire !

Anne-Sophie Demonchy

Le Jour où je suis mort, La Lettrine, octobre 2011

Comme certains le savent, avec les années, j’aime les livres objets. Les éditions Atelier in8 proposent régulièrement de beaux coffrets de nouvelles signées par des auteurs qui méritent toujours que l’on s’y attarde. Des trains à travers la plaine est le titre du dernier coffret paru. Je suis certaine que la chanson de Bashung vous revient aussitôt en mémoire. Et précisément, pour composer ce coffret, quatre auteurs – Marie Cosnay, Jérôme Lafargue, Claude Chambard et Eric Pessan – ont eu à écrire une nouvelle autour de l’univers d’Alain Bashung.
Signalons de suite que je suis très sensible à l’artiste, à ses textes, à sa voix comme à son univers. Sa poésie mélancolique, ses rêveries ambiguës et érotiques, ses vertiges thanatiques me touchent profondément. Il me semblait risqué de proposer un voyage dans l’univers de Bashung en quelques pages seulement. Pourtant, les quatre auteurs sont parvenus, chacun avec leur style et leur histoire, à nous transporter dans leur voyage.
Ces quatre nouvelles peuvent se lire distinctement mais je vous conseille de les lire les unes à la suite des autres, car, même si elles sont très différentes, elles se lisent comme on écouterait un album. Elles forment un tout. Il y est question, à chaque fois, de sujets graves, tragiques, malsains. Les personnages, perdus, sont en quête de liberté. En vain. Le réel les rattrape. Toujours. Pourtant, le plaisir de lire ces textes ciselés, poétiques, efficaces est bien plus fort que le sentiment d’angoisse que la lecture peut engendrer. Qui éprouve gaieté et bien-être après avoir écouté Bashung ? Pourtant, on a l’impression d’avoir exorcisé un sentiment de tristesse, de peur, d’angoisse. Ces chansons, comme ces textes noirs nous arrachent de notre condition humaine. On se reconnaît en ces personnages et pourtant on les tient à distance. Ils ne sont qu’êtres de papiers.
C’est sans retenue aucune que je vous conseille ce coffret exutoire !

Anne-Sophie Demonchy

Vénus Atlantica
Collection porte à côté


Emmanuelle Urien dont j’avais déjà dit beaucoup de bien pour « Tous nos petits morceaux », son dernier recueil de nouvelles sorti il y a quelques mois, réussit avec « Vénus Atlantica » une jolie nouvelle érotique. L’action se passe à Biarritz où un homme va ...

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