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Les critiques

Comme vous et moi, Biblioblog, juillet 2011

Aux premières lueurs du jour, un homme se lève, quelques minutes avant son réveil. Comme tous les jours. Et puis il prend son petit déjeuner, se lave et s'habille avant de partir au travail, en bus. Comme tous les jours. Il travaille et revient en taxi. Comme tous les jours. Comme vous et moi, il a l'air d'avoir une vie normale. Et pourtant…
Et pourtant, sous des extérieurs on ne peut plus banals, cet homme cache un esprit à l'équilibre précaire. Il compte, recompte, répertorie, additionne, soustrait, détaille compile, dénombre, énumère… sans discontinuer depuis le réveil au coucher. Ça l'épuise parfois, mais il ne peut faire autrement. Le lecteur le suit donc pendant 24 heures. 24 heures de folie ordinaire et insoupçonnable. Angel Pouyllau, dans ce foisonnement de pensées, prend son temps, avance lentement. Et on ne sait plus très bien si l'homme que l'on suit est désespérant de normalité ou totalement dérangé. Et l'on sait plus très bien non plus si l'histoire qui nous est contée est contemporaine ou située dans un futur proche. Et voilà que le lecteur à son tour s'interroge, additionne, soustrait, décrypte…
Et puisque pour la nouvelle, il faut un chute, celle que nous propose Angel Pouyllau est un joli pied de nez aux jugements un peu trop hâtifs et superficiels.

Laurence

On ne peut pas, Polarmania, août 2011

Le récit commence par une petite phrase dans le genre de celles qui ont le pouvoir de m’accrocher. « Pourquoi, ce matin-là, ai-je pris cette petite route, au lieu de la nationale ? » Chaque jour qui passe, on prend une quantité incalculable de décisions comme celle-là, sans même y penser, qui peuvent – et vont forcément- tout changer. Un matin d’automne, un automobiliste décide de dévier sa route et, en pleine campagne, s’arrête sur un panneau « À vendre ». Une station-service, enfin ce qu’il en reste depuis que la clientèle l’a désertée au profit de la station de la nationale. Et s’il l’achetait, cette bicoque isolée, pour y passer ses week-ends ?Je ne raconte pas l’histoire, elle est originale et belle. En une trentaine de pages, Anne-Marie Garat plante un décor et une ambiance de manière exceptionnelle. Les dialogues, sobres, sonnent très vrai, notamment dans la bouche du vieux Jo, le propriétaire des lieux, qui se révèle être un vendeur hors-pair : « C’est que vous voudriez des petits agréments, en plus, hein. Des petites choses. » Je les ai vus en lisant, ces « petits agréments », « ces petites choses » et c’est tout le plaisir de lecture qui va avec : quelques lignes suffisent à l’auteur pour restituer un univers. J’y étais…Un texte particulièrement réussi. 

Lavocam, Polarmania, août 2011

Jan Thirion, c’est une valeur sûre, aussi bien dans ses romans que dans ses nouvelles : un bon moment de lecture assuré. Il a le chic pour créer une histoire extraordinaire à partir de situations, de personnages, de tous les jours. Dans Lavocam, le héros est un laveur de camions. On pourrait penser que sa vie est d’un morne à se tirer une balle. De l’extérieur, elle l’est. Mais de l’intérieur…Drôle et émouvant, encore une très belle histoire à la Thirion. 

Arrêtez d'arrêter, Polarmania, août 2011

Dans un futur proche, le fait d’avoir été (avant son interdiction, bien sûr) abonné à 50 millions de consommateurs sera considéré comme le signe d’un caractère rebelle, à surveiller. Pas question de faire quoi que ce soit qui déplaise à l’Hygiéniste municipal, au Prêcheur sportif ou au Chef de Bloc ! Manquerait plus que ça. On ne rigole plus ! Le merchandising est enseigné en maternelle, le « bureau de développement des heures supplémentaires » dispose de son milicien et de son évangéliste, on peut être élu « employé du mois » lorsque l’on n’a pas pris de congés depuis plus de 2 ans… Alors évidemment, lorsque l’on vous propose de participer à un stage subversif que « paraît-il, des gens suivraient », on est un peu perplexe. C’est tellement osé ! Retrouver le goût du tabac grâce à un « stage de réappropriation tabagique » ? C’est interdit et puis, le tabac, c’est comme les bonbons et les salaisons : faut se les procurer chez l’Africain, au marché noir, et c’est coton…Pour rire et réfléchir sur les travers du monde, une vingtaine de pages d’humour grinçant.

Boulette, Polarmania, août 2011

Une petite vingtaine de pages et le tour est joué : un décor, des personnages vivants et surtout une histoire complète, prenante, qui tient la route. Max Obione excelle dans la nouvelle, ce n’est pas une surprise ; avec Boulette il exprime une fois encore tout son art. C’est noir, très noir, et d’une sensibilité remarquable. On attend l’adaptation court-métrage…

Le Bar parfait, Ipernity, septembre 2011

"Boire ne se résume pas à avaler du liquide. Ca consiste à parler avec le buveur d'à côté. Ne pas être dérangé par un barman problématique. Avoir chaud. Sentir l'ivresse s'installer tranquillement. Ne pas devenir sourdingue à cause de la musique. Pouvoir lire en paix. Et compter sur de la bonne bibine. C'est quand même pas la mer à boire, merde."
Amis buveurs, amis traineux, voici un petit livre qui se savoure comme un Saint-Aubin de Luigné, golayant comme un Savennière.
Le narrateur aime le blanc sec. Il décide de parcourir les différentes cases du Monopoly (renonmé le Monopolecuite) à la recherche du bar parfait. Un livre chaleureux, d'une grande humanité. Soixante page qu'on boit comme du petit lait (merde ! plutôt du Mercurey blanc) le sourire au lèvres et parfois même avec un grand éclat de rire.
Ne manque que les images. Voilà bien un bouquin qui appelle des illustartions. Amis buveurs, traineux et photographe, à toi de jouer !
Voici la mienne (au Cercle Saint-Aubin, société de boule de fort aux Ponts de Cé)

www.ipernity.com/blog/190882/346887

Des Trains à travers la plaine, Aqui.fr, octobre 2011

Dimanche 15 mars 2009, Salon du Livre de Paris, la journée commence en douceur... la radio diffuse une chanson de Bashung. Le public n'est pas encore là, seuls quelques professionnels arrivent dans la grande halle de la porte de Versailles, alors que les livres, ces milliers de livres posés sur les tables, attendent les futurs millions de visiteurs−lecteurs. Le grand Bashung, jongleur de mots, équilibriste sur images, vient de tirer sa révérence. Depuis la veille il n'est plus là, mais ce matin clair, sa voix emplit l'espace, caresse les pages blanches sur les tables, ces pages où d'autres ont encré leurs émotions, bouteilles à la mer vers d'illusoires compagnons d'outre-mots. « Soyez ma muse » écrivait, dans « osez Joséphine » ce prince de l'élégance− désespérance. Dans « Des trains à travers la plaine », quatre auteurs osent quatre voyages dans l'univers de Bashung, inspirés par ses volutes poétiques. Et qu' alors Alain soit la muse...

Le jour où je suis mort, Claude Chambard: "né de père inconnu, mort parce que l'amour ne peut être que fou, Sam est du jour qui hurle, de la nuit qui geint, du fusil qui aboie. Son nom est Samuel Hall. Jamais nul autre que lui ne s'allongera ainsi parmi les déchets et les fleurs, comme un tireur couché. Comme un indien chassé auquel on aurait dit que sa montagne était trop loin ... Mort de père inconnu." Ecriture et nouvelle magnifiques, mêlant, comme une ballade de Bashung, douceur et cruauté des choses. Du miel sur fond de toile emeri.

Croiser les méduses, Eric Pessan. Une jeune fille, être et femme en devenir, nage entre deux eaux. Ni tout à fait femme, ni plus vraiment fille, toute à la fois fille de sa mère -dont elle observe les mouvements langoureux face à son homme du moment- et objet d'un désir qui danse, incongru, dans le regard des mâles.  La nuit, elle nage... se laisse volontiers engloutir par les vagues des sensations, des envoûtements inconnus. La sensualité contre la rudesse d'une réalité, à l'image de la mère qui bouge sur « Gaby », incantations chaudes pour étouffer les cris des disputes dans des promesses de nuits de sortilège. La jeune fille apprend sa propre sensualité et, se cherchant elle-même, elle frôle parfois le danger.

Nage entre deux eaux, Jérôme Lafargue. Histoire d'un fils. En totale incompréhension face à son père, il choisit la cavale, claque la porte, direction le large et les mauvais coups. Un braquage qui tourne mal, un bain de sang, et l'histoire bascule. Là où on ne l'attend pas, le père resurgit et montre un visage que, même son fils, n'aurait pas su inventer. Le plus rebelle  n'est pas celui qu'on croit. Sous la surface lisse des fleuves se dissimulent parfois des remugles,  des troubles, et des abîmes secrets.

Où vont les vaisseaux maudits ? Marie Cosnay. Une histoire de frères cette fois-ci, aux confins de la folie, des hallucinations, des malédictions. Il est question de la révélation d'un tableau inconnu, de 8 centimètres sur 8, du grand Velasquez, représentant Louis XIV et sa jeune femme Marie-Thérèse au soir de leurs noces. Scène à la violente minutie, traduisant un moment de souffrance plus qu'une douce union. Le tableau révélé divise les frères, jusqu'alors inséparables, jusqu'à la disparition de l'un d'eux. Hanté alors par l'absence, celui qui reste se perd : images de nuits de fièvre, où les cauchemars semblent si réels, où les sens s'affolent. Le tableau apparaît, grandit, devient réel. Peut-être...  Identité raptée par la démence, les repères s'effondrent. Qui suis-je face à la cruauté d'une part de moi-même ? Et qui pourra encore me sauver...

L'esprit de Bashung s'est déposé un matin de mars entre les pages des livres encore endormis. Les quatre auteurs que réunissent ici les éditions In8 sont là pour en rendre témoignage.

Anne DUPREZ

http://www.aqui.fr/cultures/

 

Nage entre deux eaux, Aqui.fr, octobre 2011

Dimanche 15 mars 2009, Salon du Livre de Paris, la journée commence en douceur... la radio diffuse une chanson de Bashung. Le public n'est pas encore là, seuls quelques professionnels arrivent dans la grande halle de la porte de Versailles, alors que les livres, ces milliers de livres posés sur les tables, attendent les futurs millions de visiteurs−lecteurs. Le grand Bashung, jongleur de mots, équilibriste sur images, vient de tirer sa révérence. Depuis la veille il n'est plus là, mais ce matin clair, sa voix emplit l'espace, caresse les pages blanches sur les tables, ces pages où d'autres ont encré leurs émotions, bouteilles à la mer vers d'illusoires compagnons d'outre-mots. « Soyez ma muse » écrivait, dans « osez Joséphine » ce prince de l'élégance− désespérance. Dans « Des trains à travers la plaine », quatre auteurs osent quatre voyages dans l'univers de Bashung, inspirés par ses volutes poétiques. Et qu' alors Alain soit la muse...

Le jour où je suis mort, Claude Chambard: "né de père inconnu, mort parce que l'amour ne peut être que fou, Sam est du jour qui hurle, de la nuit qui geint, du fusil qui aboie. Son nom est Samuel Hall. Jamais nul autre que lui ne s'allongera ainsi parmi les déchets et les fleurs, comme un tireur couché. Comme un indien chassé auquel on aurait dit que sa montagne était trop loin ... Mort de père inconnu." Ecriture et nouvelle magnifiques, mêlant, comme une ballade de Bashung, douceur et cruauté des choses. Du miel sur fond de toile emeri.

Croiser les méduses, Eric Pessan. Une jeune fille, être et femme en devenir, nage entre deux eaux. Ni tout à fait femme, ni plus vraiment fille, toute à la fois fille de sa mère -dont elle observe les mouvements langoureux face à son homme du moment- et objet d'un désir qui danse, incongru, dans le regard des mâles.  La nuit, elle nage... se laisse volontiers engloutir par les vagues des sensations, des envoûtements inconnus. La sensualité contre la rudesse d'une réalité, à l'image de la mère qui bouge sur « Gaby », incantations chaudes pour étouffer les cris des disputes dans des promesses de nuits de sortilège. La jeune fille apprend sa propre sensualité et, se cherchant elle-même, elle frôle parfois le danger.

Nage entre deux eaux, Jérôme Lafargue. Histoire d'un fils. En totale incompréhension face à son père, il choisit la cavale, claque la porte, direction le large et les mauvais coups. Un braquage qui tourne mal, un bain de sang, et l'histoire bascule. Là où on ne l'attend pas, le père resurgit et montre un visage que, même son fils, n'aurait pas su inventer. Le plus rebelle  n'est pas celui qu'on croit. Sous la surface lisse des fleuves se dissimulent parfois des remugles,  des troubles, et des abîmes secrets.

Où vont les vaisseaux maudits ? Marie Cosnay. Une histoire de frères cette fois-ci, aux confins de la folie, des hallucinations, des malédictions. Il est question de la révélation d'un tableau inconnu, de 8 centimètres sur 8, du grand Velasquez, représentant Louis XIV et sa jeune femme Marie-Thérèse au soir de leurs noces. Scène à la violente minutie, traduisant un moment de souffrance plus qu'une douce union. Le tableau révélé divise les frères, jusqu'alors inséparables, jusqu'à la disparition de l'un d'eux. Hanté alors par l'absence, celui qui reste se perd : images de nuits de fièvre, où les cauchemars semblent si réels, où les sens s'affolent. Le tableau apparaît, grandit, devient réel. Peut-être...  Identité raptée par la démence, les repères s'effondrent. Qui suis-je face à la cruauté d'une part de moi-même ? Et qui pourra encore me sauver...

L'esprit de Bashung s'est déposé un matin de mars entre les pages des livres encore endormis. Les quatre auteurs que réunissent ici les éditions In8 sont là pour en rendre témoignage.

Anne DUPREZ

http://www.aqui.fr/cultures/

 

Où vont les vaisseaux maudits, Aqui.fr, octobre 2011

Dimanche 15 mars 2009, Salon du Livre de Paris, la journée commence en douceur... la radio diffuse une chanson de Bashung. Le public n'est pas encore là, seuls quelques professionnels arrivent dans la grande halle de la porte de Versailles, alors que les livres, ces milliers de livres posés sur les tables, attendent les futurs millions de visiteurs−lecteurs. Le grand Bashung, jongleur de mots, équilibriste sur images, vient de tirer sa révérence. Depuis la veille il n'est plus là, mais ce matin clair, sa voix emplit l'espace, caresse les pages blanches sur les tables, ces pages où d'autres ont encré leurs émotions, bouteilles à la mer vers d'illusoires compagnons d'outre-mots. « Soyez ma muse » écrivait, dans « osez Joséphine » ce prince de l'élégance− désespérance. Dans « Des trains à travers la plaine », quatre auteurs osent quatre voyages dans l'univers de Bashung, inspirés par ses volutes poétiques. Et qu' alors Alain soit la muse...

Le jour où je suis mort, Claude Chambard: "né de père inconnu, mort parce que l'amour ne peut être que fou, Sam est du jour qui hurle, de la nuit qui geint, du fusil qui aboie. Son nom est Samuel Hall. Jamais nul autre que lui ne s'allongera ainsi parmi les déchets et les fleurs, comme un tireur couché. Comme un indien chassé auquel on aurait dit que sa montagne était trop loin ... Mort de père inconnu." Ecriture et nouvelle magnifiques, mêlant, comme une ballade de Bashung, douceur et cruauté des choses. Du miel sur fond de toile emeri.

Croiser les méduses, Eric Pessan. Une jeune fille, être et femme en devenir, nage entre deux eaux. Ni tout à fait femme, ni plus vraiment fille, toute à la fois fille de sa mère -dont elle observe les mouvements langoureux face à son homme du moment- et objet d'un désir qui danse, incongru, dans le regard des mâles.  La nuit, elle nage... se laisse volontiers engloutir par les vagues des sensations, des envoûtements inconnus. La sensualité contre la rudesse d'une réalité, à l'image de la mère qui bouge sur « Gaby », incantations chaudes pour étouffer les cris des disputes dans des promesses de nuits de sortilège. La jeune fille apprend sa propre sensualité et, se cherchant elle-même, elle frôle parfois le danger.

Nage entre deux eaux, Jérôme Lafargue. Histoire d'un fils. En totale incompréhension face à son père, il choisit la cavale, claque la porte, direction le large et les mauvais coups. Un braquage qui tourne mal, un bain de sang, et l'histoire bascule. Là où on ne l'attend pas, le père resurgit et montre un visage que, même son fils, n'aurait pas su inventer. Le plus rebelle  n'est pas celui qu'on croit. Sous la surface lisse des fleuves se dissimulent parfois des remugles,  des troubles, et des abîmes secrets.

Où vont les vaisseaux maudits ? Marie Cosnay. Une histoire de frères cette fois-ci, aux confins de la folie, des hallucinations, des malédictions. Il est question de la révélation d'un tableau inconnu, de 8 centimètres sur 8, du grand Velasquez, représentant Louis XIV et sa jeune femme Marie-Thérèse au soir de leurs noces. Scène à la violente minutie, traduisant un moment de souffrance plus qu'une douce union. Le tableau révélé divise les frères, jusqu'alors inséparables, jusqu'à la disparition de l'un d'eux. Hanté alors par l'absence, celui qui reste se perd : images de nuits de fièvre, où les cauchemars semblent si réels, où les sens s'affolent. Le tableau apparaît, grandit, devient réel. Peut-être...  Identité raptée par la démence, les repères s'effondrent. Qui suis-je face à la cruauté d'une part de moi-même ? Et qui pourra encore me sauver...

L'esprit de Bashung s'est déposé un matin de mars entre les pages des livres encore endormis. Les quatre auteurs que réunissent ici les éditions In8 sont là pour en rendre témoignage.

Anne DUPREZ

http://www.aqui.fr/cultures/

 

Croiser les méduses, Aqui.fr, octobre 2011

Dimanche 15 mars 2009, Salon du Livre de Paris, la journée commence en douceur... la radio diffuse une chanson de Bashung. Le public n'est pas encore là, seuls quelques professionnels arrivent dans la grande halle de la porte de Versailles, alors que les livres, ces milliers de livres posés sur les tables, attendent les futurs millions de visiteurs−lecteurs. Le grand Bashung, jongleur de mots, équilibriste sur images, vient de tirer sa révérence. Depuis la veille il n'est plus là, mais ce matin clair, sa voix emplit l'espace, caresse les pages blanches sur les tables, ces pages où d'autres ont encré leurs émotions, bouteilles à la mer vers d'illusoires compagnons d'outre-mots. « Soyez ma muse » écrivait, dans « osez Joséphine » ce prince de l'élégance− désespérance. Dans « Des trains à travers la plaine », quatre auteurs osent quatre voyages dans l'univers de Bashung, inspirés par ses volutes poétiques. Et qu' alors Alain soit la muse...

Le jour où je suis mort, Claude Chambard: "né de père inconnu, mort parce que l'amour ne peut être que fou, Sam est du jour qui hurle, de la nuit qui geint, du fusil qui aboie. Son nom est Samuel Hall. Jamais nul autre que lui ne s'allongera ainsi parmi les déchets et les fleurs, comme un tireur couché. Comme un indien chassé auquel on aurait dit que sa montagne était trop loin ... Mort de père inconnu." Ecriture et nouvelle magnifiques, mêlant, comme une ballade de Bashung, douceur et cruauté des choses. Du miel sur fond de toile emeri.

Croiser les méduses, Eric Pessan. Une jeune fille, être et femme en devenir, nage entre deux eaux. Ni tout à fait femme, ni plus vraiment fille, toute à la fois fille de sa mère -dont elle observe les mouvements langoureux face à son homme du moment- et objet d'un désir qui danse, incongru, dans le regard des mâles.  La nuit, elle nage... se laisse volontiers engloutir par les vagues des sensations, des envoûtements inconnus. La sensualité contre la rudesse d'une réalité, à l'image de la mère qui bouge sur « Gaby », incantations chaudes pour étouffer les cris des disputes dans des promesses de nuits de sortilège. La jeune fille apprend sa propre sensualité et, se cherchant elle-même, elle frôle parfois le danger.

Nage entre deux eaux, Jérôme Lafargue. Histoire d'un fils. En totale incompréhension face à son père, il choisit la cavale, claque la porte, direction le large et les mauvais coups. Un braquage qui tourne mal, un bain de sang, et l'histoire bascule. Là où on ne l'attend pas, le père resurgit et montre un visage que, même son fils, n'aurait pas su inventer. Le plus rebelle  n'est pas celui qu'on croit. Sous la surface lisse des fleuves se dissimulent parfois des remugles,  des troubles, et des abîmes secrets.

Où vont les vaisseaux maudits ? Marie Cosnay. Une histoire de frères cette fois-ci, aux confins de la folie, des hallucinations, des malédictions. Il est question de la révélation d'un tableau inconnu, de 8 centimètres sur 8, du grand Velasquez, représentant Louis XIV et sa jeune femme Marie-Thérèse au soir de leurs noces. Scène à la violente minutie, traduisant un moment de souffrance plus qu'une douce union. Le tableau révélé divise les frères, jusqu'alors inséparables, jusqu'à la disparition de l'un d'eux. Hanté alors par l'absence, celui qui reste se perd : images de nuits de fièvre, où les cauchemars semblent si réels, où les sens s'affolent. Le tableau apparaît, grandit, devient réel. Peut-être...  Identité raptée par la démence, les repères s'effondrent. Qui suis-je face à la cruauté d'une part de moi-même ? Et qui pourra encore me sauver...

L'esprit de Bashung s'est déposé un matin de mars entre les pages des livres encore endormis. Les quatre auteurs que réunissent ici les éditions In8 sont là pour en rendre témoignage.

Anne DUPREZ

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Vénus Atlantica
Collection porte à côté


Emmanuelle Urien dont j’avais déjà dit beaucoup de bien pour « Tous nos petits morceaux », son dernier recueil de nouvelles sorti il y a quelques mois, réussit avec « Vénus Atlantica » une jolie nouvelle érotique. L’action se passe à Biarritz où un homme va ...

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